Janvier 2007

L’ENTREPRISE : UN ENJEU DE TAILLE POUR LES MOUVEMENTS A CARACTERE SECTAIRE

L’entreprise comme tout milieu professionnel peut devenir à tout moment et de façon plus ou moins aléatoire la cible de mouvements à caractères sectaires ou de réseaux commerciaux vecteurs de dérives sectaires.

La prise de conscience est venue lentement au sein des entreprises de l’obligation de prendre en compte cette nouvelle famille de risques. L’expérience de grands groupes industriels ayant des intérêts stratégiques à défendre et la politique de sensibilisation conduite par la MIVILUDES auprès des institutionnels,dans le cadre de séminaires spécialisés ou encore en relation avec des cercles de directeurs de la sécurité ou « IE » est heureusement de plus en plus incitative.

Potentiellement, l’entreprise peut être victime comme peuvent l’être personnellement, dirigeants, cadres et plus généralement l’ensemble des salariés.

La raison en  est simple si l’on veut bien s’intéresser à l’histoire d’un mouvement ou d’un réseau sectaire et non pas seulement à ses effets.
 
La croissance  de nombre de grands mouvements   est caractérisée par  une expansion géographique débordant souvent des frontières nationales initiales,la diversification de ses structures juridiques(« faux-nez » et « écrans »),la constitution de liens d’obligation entre toutes  et  le découplage « recrutement-expansion économique ».

Le ciblage de « personnes en vue » dans la sphère économique comme les budgets d’externalisation  sont de puissants incitateurs de recherche de contacts pour les sectes. Mais au-delà, ce qui peut les conduire à développer leurs relations avec l’entreprise par la mise en relation commerciale comme par le contact direct,c’est la volonté d’acquérir une force financière et une influence dans le monde économique.

Trois niveaux de risques pourront ainsi être distingués :le risque financier,le risque d’intrusion,le risque de mise en relation contractuelle ou d’influence durable fondés sur un partenariat de long terme entre une entreprise cliente et une société en lien humain et/ou juridique avec une organisation sectaire.

Le risque financier

Nombreux sont les mouvements sectaires tendent à se développer en structures et en diversification d’activités .Cela répond ,comme indiqué ci-dessus- à un besoin de protection juridique interne face aux pouvoirs publics .Cela répond également à un besoin de consolidation financière et patrimoniale. L’argent des adeptes peut ne plus suffire .De plus, dans certains cas il n’est plus en tant que tel un enjeu essentiel. Ce qui explique le  découplage  « argent-mise en état de sujétion ».

L’entreprise comme les institutions sont devenues des cibles naturelles en ce qu’elles disposent de budgets consacrés à l’achat de prestations de services extérieures. De nombreux mouvements ont ainsi constitués ou établi  des liens avec des cabinets de formation professionnelle,de recrutement,de conseils en gestion de ressources humaines,des sociétés de services informatiques ou de sécurité.

Ce risque est double. Contracter avec un organisme lié à un mouvement à caractère sectaire revient d’une part à contribuer à son enrichissement et à son développement. Cela favorise d’autre part l’émergence d’une relation de complicité sous-tendue soit par un abus de confiance,soit par une entente initiale entre le prestataire et  l’échelon compétent de l’entreprise.

Le risque de dépendance juridique

Cette famille de risques-en effet, les dépendances juridiques peuvent revêtir plusieurs formes ou se manifester selon diverses modalités- vient dans le prolongement du risque précédent. L’habitude de travailler  avec un partenaire dont l’entreprise-cliente peut ignorer sa dépendance vis-à-vis de l’organisme sectaire induit une accoutumance. Et  cette accoutumance peut à son tour amener l’entreprise et son personnel dans une situation de dépendance tant juridique que psychologique. Ainsi développé, le lien de dépendance s’inscrira dans la « norme » de mise en œuvre des procédures d’exploitation de l’entreprise et des processus décisionnels.

Le risque de « normalisation » au bénéfice du mouvement sectaire

L’établissement d’un lien contractuel entre une entreprise et un prestataire lié à un mouvement à caractère  sectaire est susceptible de devenir une fausse « preuve » de fiabilité de la relation de partenariat  alors que d’une part le contexte d’exercice de son activité par le prestataire varie avec le temps et que d’autre part, ce prestataire peut au cours de la mise en œuvre du contrat avoir des pratiques prosélytes  et « intruser »  l’organigramme.
Outre les critères généraux d’appréciation du risque sectaire, des critères spécifiques peuvent être invoqués en matière d’évaluation du risque dans le cadre d’une entreprise ou d’une institution. Il convient de distinguer trois types de critères :

1- Les critères de dépendance juridique

1-1 existence d’un lien  entre prestataires ou fonctions au sein de l’entreprise d’une part et autres entités ayant un rapport  lointain ou artificiel avec la vocation théorique du prestataire ou la finalité de la fonction.
1-2 sensibilité de la provenance des outils méthodologiques utilisés sur le site.
1-3 existence d’un écart entre cahier des charges et réalité de la prestation.

2- Les critères d’appréciation de comportements à risques

2-1 orientation des dirigeants et personnels vers des programmes de formation et autres activités hors entreprise
2-2 formulation d’exigences financières sans relation avec la prestation fournie.
2-3  confusion entre formalisation des intérêts de l’entreprise et notions à prétention spirituelle d’aide à la quête de sens et au bien-être.

3- Les critères déterminés par le risque de fraudes

3-1 couverture d’une opération frauduleuse par l’utilisation d’un cadre juridique  permettant de mettre en avant un objet ou un projet (sponsoring mécénat) social culturel ou humanitaire.
3-2 réalisation d’un acte frauduleux (ex : détournement d’informations protégées) au sein du lieu de travail par plusieurs membres d’un même mouvement.
3-3 financements d’un mouvement par le moyen d’activités économiques déviantes.

Le risque sectaire en milieu professionnel peut prendre de multiples formes. L’utilité de typologies caractérisant  les diverses familles d’organisations sectaires et de critères d’appréciation du risque  est certaine.
De même convient il de réfléchir à différents modes d’intervention de nature préventive ou dissuasive.
Pour ce faire, le risque sectaire doit  être appréhendé par l’intermédiaire des méthodes d’intelligence économique et des instruments  de sécurité et de défense économique.

Hugues Fernet