Mars 2007
QUELQUES ELEMENTS DE CRITIQUE DES PSEUDO-MEDECINES –
par Richard MONVOISIN *
« Aussi surprenant que
cela puisse paraître, les élixirs
floraux de Bach n’ont pas à
faire preuve de leur efficacité pour être vendus.
Se les faire prescrire, ou retrouver les élixirs
sur les présentoirs des pharmaciens peut amener le patient à croire
qu'il s'agit d'un médicament, c'est-à-dire d'un
produit éprouvé, alors que ce n’est pas le
cas. »
« Les principales médecines « alternatives » rencontrées
dans les sectes sont l'homéopathie, la médecine chinoise,
l'acupuncture et la médecine ayurvédique, l'aromathérapie,
le régime macrobiotique Zen, la prière et l'imposition
des mains, et… les élixirs floraux de Bach ! »
Discuter des Médecines dites Alternatives (MdA) est
un exercice assez périlleux. Le sujet est tellement épineux qu’il
en devient l’une des meilleures pommes de discorde des discussions tant
professionnelles que privées. Si leur intérêt thérapeutique
est souvent discutable, elles représentent un tel engagement personnel
pour leurs utilisateurs qu’il est très difficile de s’extraire
du clivage classique entre ce qu’il est devenu coutume d’appeler
les « pro » des « anti ». Lors du colloque « Sciences,
pseudosciences et thérapeutiques déviantes » organisé le
21 octobre 2006 par le GEMPII, j’ai tenté de montrer qu’afin
de traiter le plus posément possible de ces thérapies, il était
nécessaire de prendre à l’avance quelques précautions
et de baliser un tantinet certains pièges de la réflexion.
Pour illustrer mon propos j’avais choisi de disséquer
les Élixirs Floraux de Bach (EFB) : d’une, parce que leur succès
est florissant et leur achalandage avantageux ; de deux parce qu’ils
réunissent toutes les caractéristiques d’une pseudo médecine,
et de trois parce que, comme beaucoup de ces MdA, la population qui y a recours
est sociologiquement marquée. La critique
détaillée
de la thérapie florale d’Edward Bach étant déjà disponible
ailleurs (1), je vais en profiter pour proposer un petit outillage critique à l’intention
des gens qui souhaitent discuter de ces questions sur un mode non agressif
avec leurs proches, leur famille ou leurs patients. Je donnerai quelques conseils
qui m’ont permis, tout en restant ferme sur la rigueur, d’éviter
le maximum de conflits avec mes interlocuteurs. Si je choisis sciemment de
mettre le moins de références techniques possible et d’épurer
au maximum le jargon, c’est parce que je pense qu’il n’est
pas besoin d’un bagage scientifique pour suivre l’essentiel de
ce que j’ai à partager. Je souhaite également éviter
l’injonction, ou le précepte, que je trouve déresponsabilisant
: il suffit généralement de lui donner une information complète
pour que l’encéphale humain moyen se mette en marche. Dès
lors, quel que soit le choix que le porteur de cet encéphale fera ensuite,
il sera fait en connaissance en cause, ce qui est le préliminaire à toute
liberté. Je redoute bien plus le bon choix aveugle que le mauvais choix éclairé.
LES TERMES
Le meilleur moyen que j’ai trouvé pour introduire
une discussion sur ces fameuses médecines « dites » alternatives
est de justement placer le « dites » avant alternatives. À la
question immanquable qui vient ensuite du pourquoi de cette précaution,
je mets en avant le fait qu’aucune dénomination ne semble correspondre
au problème. Médecines douces ne convient pas, puisqu’il
arrive que certaines personnes souffrent, ou meurent, sinon directement des
MdA, du moins par substitution de traitement. Parallèles et alternatives
non plus, car elles ne sont pas toujours des alternatives valables.
C’est alors l’occasion de poser la question « alternatives
ou parallèles à quoi ? ». On nous répondra
généralement « aux traitements scientifiques
classiques ». Cela suppose donc que les MdA ont, tout comme
les traitements scientifiques classiques, une prétention
thérapeutique. Quel que soit notre interlocuteur, c’est
un moment crucial, car la conversation se place sur le terrain
de la connaissance scientifique qui fait qu’une thérapie
peut être meilleure, alternative, ou moins bonne qu’une
autre. Pour affirmer cela, il faut des preuves expérimentales,
et c’est justement l’une des seules choses que la
science sait faire. Le socle de discussion est désormais
commun.
LES MEDECINES
Il n’est pas
rare, à ce stade, que les participants à la
discussion dénoncent la médecine « officielle », « allopathique »,
inhumaine, froide, réductionniste, etc. Même si nous
reviendrons sur ce point en conclusion, c’est néanmoins
l’occasion de
tomber encore une fois d’accord avec les personnes participants à la
discussion : une majorité de gens s’accorde assez
rapidement sur le fait que le terme médecine désigne
trois grands champs distincts : le champ thérapeutique
scientifique, avec ses techniques, ses médicaments,
ses statistiques, son efficacité, sa froideur, ses suppositoires
; le champ thérapeutique de prise en charge du patient
ensuite, avec le rapport médecin-patient, la confiance,
l’écoute, le placebo, la
relative chaleur des actes médicaux, les valeurs communes,
etc. ; les connaissances dans ce champ fluctuent tellement d’un
patient à l’autre
qu’elles en deviennent quasi-personnalisées, et ne
peuvent donc pas prétendre à être transposables
d’un individu à un
autre. Enfin, le champ techno politique,
sur lequel nous reviendrons. Si nous parvenons à nous entendre
avec autrui sur ce découpage, nous
aurons évité les trois-quarts des principaux pièges
de la discussion sur le sujet. Une fois que ces bases simples
sont posées,
la réflexion devient possible et peut se dérouler
presque sans anicroche.
LA PRETENTION THERAPEUTIQUE
La prétention thérapeutique est ce que le produit
proposé prétend pouvoir faire. Très grossièrement,
le produit nous dit dans sa notice : « Je peux, trois fois sur quatre,
avec telle dose et telle posologie, vous permettre de résoudre ceci
ou cela, en tel laps de temps ». Nous nous retrouvons alors avec une « prétention
d’efficacité », de type scientifique donc, relevant du premier
sens du terme médecine. Le produit revendique une efficacité,
généralement supérieure aux autres produits – sinon,
au fond, pourquoi choisir celui-là ? – qu’il revient au
fabricant de prouver, en vertu du fait que logiquement la preuve incombe à celui
qui prétend (2). Au bout d’un certain nombre de tests concluants
sur un grand nombre de gens souffrant de la même pathologie, le produit
reçoit une Autorisation de Mise sur le Marché (ou AMM). Cela
ne veut pas dire que la prise du médicament X « marchera » sur
tout le monde : un individu peut fait partie des 25% prévus par la médecine
scientifique pour qui ça ne fonctionne pas. Cela veut surtout dire ceci
: s’il arrive que des médicaments pourvus d’une AMM se révèlent
ne pas être aussi efficaces que prévu (parfois pour de sombres
affaires mercantiles : nous entrons alors dans le troisième champ d’utilisation
du terme médecine, le sens champ techno politique), il est extrêmement
improbable qu’une substance vendue sans AMM se révèle efficace.
En clair, un produit sans AMM est un produit sans efficacité.
L’EFFET
ATCHOUM
Aussi surprenant que cela puisse paraître, les élixirs
floraux de Bach n’ont pas à faire preuve de leur efficacité pour être
vendus. Se les faire prescrire, ou retrouver les élixirs sur les présentoirs
des pharmaciens peut amener le patient à croire qu'il s'agit d'un médicament,
c'est-à-dire d'un produit éprouvé, alors que ce n’est
pas le cas. Le médecin prescrivant ou le pharmacien distribuant cautionnent
hélas la valeur thérapeutique scientifiquement non évaluée
du produit. Cela veut-il dire que les gens ayant guéri par la thérapie
de Bach se leurrent ? Pas vraiment. Lorsqu’un individu souffrant d’une
pathologie prend ses gouttes d’élixirs et se voit guéri,
se pose la double question :
- a-t-il guéri directement grâce à l’élixir,
ou y a-t-il d’autres paramètres pouvant expliquer
cette guérison – notamment un traitement en parallèle
pouvant être responsable de la guérison
- la pathologie du patient était-elle une pathologie avérée,
et si oui, la guérison est-elle également avérée
?
Ces questions
ont l’air stupide, et pourtant. L’humain
a une forte tendance à voir des liens causaux directs entre les choses
qu’il aime voir liées. Les linguistes parlent à ce propos
de Post Hoc ergo propter hoc - « juste après, donc conséquence
de ». En zététique, nous préférons parler
du plus mémorable effet atchoum : imaginons la tête de l’individu
qui habitant Toulouse le 21 septembre 2001, éternue à 10h17,
relève son nez humide et voit l’usine AZF et ses alentours soufflés
par l’explosion. Conclure à un lien de cause à effet entre
l’éternuement et l’explosion est un post hoc ergo propter
hoc. Si ridicule que cela paraisse, nous faisons un certain nombre d’effets
Atchoum dans nos actes thérapeutiques. Le leurre consiste en ce que
huit à neuf pathologies sur dix affectant l’humain disparaissent
spontanément, quoi que nous fassions, au bout d’un certain temps.
Faire une danse de la pluie, recevoir des passes magnétiques ou se faire
faire un lavement, et guérir tout de suite après est extrêmement
convaincant à première vue. Comprenons ainsi qu’un rhume,
par exemple, non traité dure sept jours, et qu’un rhume traité par
les élixirs de Bach dure… une semaine. Dans le premier cas, on
attribuera la guérison à sa propre capacité curative.
Dans le second, à Edward Bach. À tort. Si vous ne guérissez
pas, par contre, c’est que vous avez dû prendre le mauvais élixir.
L’immanquable recours aux pseudo thérapies dans les
grandes dérives sectaires actuelles, sujet qui anime le
GEMPPI, n’est pas un hasard : il est le meilleur moyen pour
conquérir des sympathisants, puisqu’il y aura toujours
des gens pour associer leur guérison relative et ladite
thérapie. Une fois guéris, ils se feront prosélytes.
C’est une publicité sans trop de frais, puisque les
gens pour qui « ça a marché » racontent
beaucoup plus volontiers, et avec un enthousiasme accru, que ceux
pour qui « ça a échoué ». Les
cris du miraculé portent plus loin que le soupir du déçu.
LES PATHOLOGIES SOIGNEES
Revenons à la seconde question : « la guérison
est-elle avérée ? ». Dans de nombreuses pseudothérapies,
la prétention est de type psychologique. Les EFB par exemple prétendent
traiter sept « états psychologiques négatifs » :
peur, incertitude, manque d'intérêt pour le présent, solitude,
hypersensibilité aux influences et aux idées, découragement
et désespoir, souci excessif du bien être d'autrui. Chacun de
ces états est décrit comme lié à un état
positif associé. À titre d'exemple, l'Égoïsme (négatif)
et l'Altruisme (positif) sont, du point de vue de Bach, un seul état
d'être, à travers deux modalités d'expression différentes.
Le problème qui se pose est majeur : comment savoir qu’une personne
est moins égoïste en prenant l’élixir Chicorée
? La notion d’égoïsme est bien trop complexe et subjective
pour être testée ou simplement mesurée. Elle est trop personnelle.
Nous sortons alors du champ de la médecine scientifique pour entrer
dans le champ de la prise en charge du patient, personnalisée. Par conséquent,
même la personne ayant guéri de son égoïsme avec l’élixir
Chicorée n’aura aucun argument pour recommander ce traitement à autrui,
puisqu’il était très personnel et adapté à sa
personne. En clair, si les pathologies désignées sont floues,
subjectives, et proches de l’état d’âme, il n’y
a aucun moyen d’évaluer une quelconque efficacité.
LES PREUVES
Les biographes de Bach nous rapportent que dans
les années
30, il aurait administré ses décoctions d'Impatiente à des
patients souffrant d'impatience, avec les choses ou les personnes qu'ils jugent
trop lentes ; de même, il aurait prescrit le Mimulus aux patients atteints
de peurs maladives dans la vie quotidienne, peurs qui les empêchent de
passer à l'action. Les résultats furent, selon eux, immédiats
et surprenants. Seulement, si ces capacités thérapeutiques des
décoctions de Bach existent, elles doivent pouvoir agir. Et si elles
peuvent agir, elles peuvent être démontrées, à la
condition expresse d’isoler les paramètres en jeu : il se pourrait
que ce soit la gentillesse du bon docteur, la confiance a priori dans le produit,
la forme de la bouteille ou simplement le Brandy qu’elle renferme qui
fasse qu'une personne se sente mieux, et non l'Impatiente. Pour prouver la
chose, il faut faire un protocole, sur un certain nombre de personnes, en isolant
le seul paramètre que l’on teste – en l’occurrence,
la décoction de la fleur d’Impatiente. Or non seulement Bach n’a
jamais fait ces tests, mais les tenants de la thérapie florale non plus.
Les rares publications disponibles souffrent d’un nombre de biais consternant,
et les seules études bien montées ne prêtent à l’élixir
Impatiente ou à l’élixir Mimulus aucun effet allant au-delà d’un
effet placebo.
LES TEMOIGNAGES
En lieu de preuves, inexistantes, se substitue
généralement
une liste de témoignages qui appuient bien les vertus de la pseudothérapie.
De Monsieur B à Madame L., la litanie des gens ayant « guéri » – c'est-à-dire
ayant associé leur guérison d’une pathologie souvent floue
avec la prise d’un élixir – vient servir de cache-misère
au manque drastique de preuves. S’il n’est pas question de remettre
directement en cause la bonne foi d’un individu rapportant son vécu,
il est fortement recommandé de se rappeler par exemple qu’un,
dix, mille témoignages ne font pas une preuve scientifique – pour
mémoire, le 13 octobre 1917 soixante dix mille personnes ont vu danser
le soleil à Fatima, au Portugal. Il y a plus de deux cents ans, le philosophe
anglais David Hume résumait remarquablement cela en cette
maxime devenue fameuse :
« Lorsque quelqu'un me dit qu'il a vu un [miracle], j'évalue immédiatement
s'il est plus probable que cette personne se trompe ou ait été trompée,
ou si le fait qu'elle rapporte pourrait s'être réellement produit.
Je pèse un miracle par rapport à l'autre, et selon la supériorité que
je découvre, je prononce ma décision, et rejette toujours le
miracle le plus grand. Si la fausseté de son témoignage semble
plus miraculeuse que l'événement qu'elle rapporte, alors (...)
peut-il prétendre commander à ma croyance ou à mon opinion » (3).
LA FABRICATION
Edward Bach décida que les fleurs, et plus particulièrement
les pétales, ont une action sur les états psychologiques, et
que le maximum d'efficacité est atteint en utilisant non la fleur elle-même
mais la rosée déposée sur le pétale exposé au
soleil – ce dont il se rendait compte en entrant en résonance
avec le message des fleurs par la pose des pétales sur sa langue. Il
décréta alors que la vertu curative de la plante serait conservée
si on déposait les sommités florales, cueillies juste avant la
floraison, à la surface d'un récipient rempli d'eau et exposé au
soleil pendant plusieurs heures, jusqu'à ce que les pétales se
flétrissent. Il faut alors retirer les fleurs, non avec les mains mais
si possible avec une tige de la même fleur, puis filtrer ce qu'il reste
de liquide, désormais chargé des énergies des fleurs,
dans un flacon de verre si possible fumé et ajouter la même quantité de
l'alcool choisi ; secouer fort sur une durée variant de 30 secondes à 2
minutes pour dynamiser le mélange et couvrir le tout avec un tissu pendant
48 h. Nous obtenons une teinture-mère. Il suffit alors de prendre un
flacon de 30 cl, rempli d'un mélange à 40 % de Brandy, alcool
né de la Vigne (Vigne : fleur de Bach N°38), et d'y verser sept
gouttes de la teinture-mère. On retrouve ici tout l’héritage
de la doctrine homéopathique d’Hahnemann, avec des éléments
de pensée magique. Las ! La fabrication d’élixir agglomère
pratiquement toutes les pratiques et le lexique des tenants du Nouvel-Âge
: d'aucuns prétendent qu'il est nécessaire de se recueillir et
demander la permission de la Nature ; d'autres enjoignent à se munir
d'un pendule, ou de faire des danses mystiques. Certains encore proposent de
partir avec un livre de photos des plantes, de s'imprégner de leur image,
puis de fermer le livre et de ramasser celles qui vous conviennent le mieux,
qui ont la plus grande aura. Au final, les plus scrupuleux arguent du fait
qu'il faut se laver soigneusement, mettre des vêtements propres, et s'efforcer
d'entretenir les pensées les plus pures possibles. En bref, la litanie
des choses à faire pour obtenir un élixir fonctionnel de la plus
pure tradition comporte un tel nombre de possibilités d’erreur
que réussir à en réaliser dans les règles de l’art
puis à le prendre dans les conditions adéquates relève
du miracle, comme dirait Hume, et permet à la pseudo-théorie
de justifier a priori de son échec potentiel.
LE PUBLIC
On le voit, les concepts employés dans la théorie
des EFB sont exactement les mêmes que ceux qui régissent
les théogonies des dérives sectaires actuelles.
De nombreux emprunts sont fait à la sphère écologique,
avec les notions de bio, d’équilibre, de holisme,
et une vision très théologique de la Nature. Ces
pratiques se greffent volontiers aux mouvements « alternatifs » ou « contestataires »,
animés d’une critique parfois juste d'un monde souvent
inique et mû de la volonté que je trouve légitime
de bâtir des alternatives. Notons au passage qu’elles
font florès également auprès de la gent féminine
: une raison à cela, aussi insidieuse qu’efficace,
relève de cette entreprise d'abrutissement de masse des
femmes que sont les magazines dits « féminins » et
leurs consternantes pages Santé, où beauté,
psychologie de comptoir et bien-être de la progéniture
sont vantés à grands renforts de pseudoscience.
La critique des pseudomédecines peut très vite revêtir
un caractère politique et social.
MORALE ET POLITIQUE
Après ce trop bref aperçu, que reste-t-il de la
thérapie florale de Bach et de sa prétendue efficacité ?
D’un point de vue scientifique, rien. D’un point de
vue moral, c’est tout autre chose.
Si le recours à ces placebos n’est pas dangereux
en soi, il arrive que le patient, mal informé et incité par
l’effet « vitrine » des pharmacies, opte sur
de mauvais conseils pour une thérapie inefficace. On peut
en pressentir les conséquences. Pour ne citer qu'un exemple,
l'association Aube, renommée depuis Joie de vivre, diffuse
les théories du Dr Hamer qui préconise entre autres
de soigner le cancer en rompant avec tous les traitements reconnus.
Elle comptait un adepte, chirurgien à l'hôpital de
Saint-Quentin, qui arrêta des traitements anti-cancéreux
pour les remplacer par des Fleurs de Bach, produites d’ailleurs
par Aube, et qu'il vendait à son profit dans l'établissement.
Allons plus loin : si prescrire ou
conseiller le recours aux remèdes de Bach « ne fait
pas de mal », cela fragilise insidieusement le patient vis-à-vis
des modes de pensée magique et des notions Nouvel Âge,
qui servent souvent d'appâts (énergie subtile, harmonie
ou magnétisme des plantes, etc.). On voit de plus en plus
souvent des salons « écologiques » présenter
des stands vantant les élixirs, et c'est ce genre de voisinage,
de plus en plus fréquent, qui est à dénoncer.
Si les Fleurs de Bach ne font pas de mal, elles inclinent à des
postures naïves infériorisantes et fragilisantes.
C. Berliner,
fondateur de l'Association des victimes
des pratiques illégales de la médecine (suite au décès de la
petite Anaëlle, soignée dans des conditions dramatiques par des
guérisseurs anthroposophes) résume assez bien mon inquiétude.
Selon lui, les MdA sont dangereuses au sens qu'elles empêchent de poser
le diagnostic correct et orientent les malades vers des techniques d'examen
qui n'ont jamais fourni la preuve scientifique de leur efficacité. Elles
amènent trop souvent à déconseiller les traitements classiques
au moyen d'une diabolisation du monde extérieur, de l'allopathie ou
de la science, et ce avec parfois des arguments justes. Il ajoute pour information
que les principales médecines « alternatives » rencontrées
dans les sectes sont l'homéopathie, la médecine chinoise (Initiation à la
Vie Intense), l'acupuncture et la médecine ayurvédique (l'HUE,
Energie humaine et universelle, de Luong Minh Dang), l'aromathérapie,
le régime macrobiotique Zen, la prière et l'imposition des mains
(le Culte Antoiniste, le Renouveau Charismatique, Sûkyô Mahikari,
le père Samuel à Gosselies) et… les élixirs
floraux de Bach !(4).
Il relève de la salubrité publique
de le dire : les thérapies dites alternatives entraînent
parfois des conséquences à moyen
terme très éloignées du bien-être qu’elles
promeuvent.
RECENTRER LA CONTESTATION
Pour clore mon propos, je tiens à rendre justice aux
MdA sur au moins un point. La prise en charge du patient y est bien plus longue,
lente et appliquée que dans la médecine dite classique. Nous
rejoignons là le troisième sens, technopolitique, du terme médecine.
Le rejet de la médecine scientifique est couramment opéré par
ceux qui rejettent le caractère de moins en moins humain de l’acte
médical classique, illustré par certains médecins traitants
qui ne nous gardent que dix minutes, les urgences bondées, etc. Opter
pour les MdA s’apparente bien souvent à une contestation politique
d’un système médical fortement libéralisé.
Je trouve cette critique juste, urgente et nécessaire. Néanmoins,
choisir, pour contrer ce système, des pseudothérapies inefficaces
n’a non seulement pas d’effets sur les choix politiques en matière
de santé publique, mais en plus de nous faire risquer notre propre santé,
engraissent des pseudothérapeutes dont l’intérêt
recouvre rarement le nôtre – car les pratiques commerciales des
fabricants des MdA n’ont qualitativement pas grand chose à envier à celles
des fameux lobbies pharmaceutiques. Devient prégnante la nécessité d’offrir
une sorte de troisième voie à ce débat trop souvent mal
mené sur les médecines « dites » alternatives. Puisse
la discussion critique développée dans ce texte et lors du colloque
du GEMPPI contribuer à cette troisième voie.
(1) Pour aller plus loin, voir:
• Monvoisin R, Élixirs floraux de Bach : étude zététique,
critique des concepts pseudo-scientifiques, pseudo-médicaux et des postures
philosophiques induites par la théorie du Dr Bach, Annales pharmaceutiques
françaises, 2005, vol. 63, no6, pp. 416-428
• Monvoisin R, Fleurs de Bach : une action avérée sur l’esprit
critique, Revue Science et Pseudosciences n° 273, juillet-août
2006
• Monvoisin R., Élixirs floraux de Bach. Quintessence d'une illusion,
Laboratoire de Zététique, Université de Nice – Sophia
Antipolis
http://www.unice.fr/zetetique/articles/index.html
(2) On retrouve ce principe dans le
Code Civil : Actori incumbit probatio,
ou Actori incumbit onus probandi, article
1315.
(3) Hume D. Enquête sur l’entendement humain, 1748,
section X.
(4) Source : Commission d’enquête parlementaire belge
sur les pratiques illégales des sectes - Audition de M.
Ch. Berliner, docteur en médecine et représentant
de l’Association des victimes des pratiques illégales
de la médecine http://www.dekamer.be/FLWB/pdf/49/0313/49K0313007.pdf
* Richard Monvoisin est chargé de cours d’initiation à l’esprit
critique à l'Université Joseph Fourier de Grenoble
(faculté des Sciences et faculté de Pharma-médecine)
. Membre du Laboratoire de Zététique, université Nice,
il est membre fondateur de l’Observatoire Zététique,
association sceptique investiguant et expérimentant les
théories étranges et les phénomènes
dits paranormaux.
Le présent texte a été publié dans
les Actes du colloque national « Science, pseudo-sciences
et thérapeutiques déviantes, Approche pratique et éthique »,
21 octobre 2006, Marseille. Bulletin
N°72 du Groupe d’Etude
des Mouvements de Pensée en vue de la Prévention
de l’Individu (GEMPPI).
Les phrases mises en exergue ont été choisies par
Psychothérapie Vigilance; l'ensemble est reproduit avec
l’aimable autorisation de Richard Monvoisin.
Avec l’aimable autorisation de l’association
Psychothérapie
Vigilance (www.psyvig.com) :
nous la remercions vivement. SOFI