le 12/03/2006


Aujourd’hui, relevant la tête, les sectes s’organisent de plus belle, fédèrent leurs efforts, mutualisent leurs moyens. Elles créent des associations de défense de « leur » liberté, pour soi disant se protéger des démocrates qui les empêchent de prospérer en rond. Il est fait de mauvais procès aux associations de défense des victimes de sectes, au nom de la liberté par ceux là même qui y portent atteinte. Ce combat est mené au nom d’une conception de la liberté qui n’intègre pas les années de construction républicaine qu’il a fallut consolider pour protéger le citoyen des marchands d’espoir, des « dérapeuthes », des charlatans.
Le harcèlement médiatique est quotidien, la menace de procès martelée, autant d’outil pour tenter de museler l’action, pour dynamiter le travail des bénévoles, en faisant peser sur eux une pression constante.
La méthode est connue, elle a fait recette et de nombreuses associations de défense aux USA et en Europe n’ont pu y résister, cédant ainsi le terrain et laissant les victimes sans recours.

Il y a quelques mois, les débats commémorant le centenaire de la loi de 1905, nous ont permis de revisiter notre principe de laïcité et de réaffirmer cette valeur fondamentale de la République qu’est le respect de la liberté de conscience et d’opinion.

Celle-ci ne saurait connaître de restrictions, y compris dans les domaines des croyances et des convictions religieuses. La laïcité de l’Etat, découlant de la loi de 1905, renforce cette liberté en mettant fin à la prédominance d’un culte sur les autres et en séparant l’Etat de la religion. Depuis cette date, celle-ci relève pleinement de la sphère privée et tout culte peut être exercé en toute liberté sous l’unique réserve de ne pas porter atteinte à l’ordre public et aux libertés garanties par notre législation.
C’est bien dans ce cadre de préservation de la liberté de chacun et de la protection de tous, que s’inscrit l’action des associations de défense de victimes de sectes.
C’est aussi le sens de l’action publique qui tente de renforcer les moyens de répression à l’encontre des agissements de ces groupements.
Le rôle de la loi est de protéger les plus faibles et plus vulnérables, le rôle des associations est d’accompagner et de soutenir les victimes pour obtenir réparation.

L’objectif n’est aucunement de sanctionner les croyances, mais bien les actes dangereux pour la société ou pour les individus. Depuis de trop nombreuses années, le travail d’investigation et d’observation a permis de mieux cerner les activités frauduleuses de ces mouvements. En analysant leurs pratiques, en suivant leur évolution et celle de ceux qui les dirigent, en écoutant le témoignages des abusés par les faux marchands de rêve, grands nombres d’atteintes à la liberté ont été mises à jours : atteintes à l’intégrité physique ou psychique, mise en péril de la santé d’autrui, exercice illégal de la médecine, omission de porter secours à une personne en danger, provocation au suicide, abandon de famille, exploitation de l’état de faiblesse par emprise psychologique… La liste des délits est incomplète mais traduit bien la situation à laquelle les victimes que reçoivent les associations, sont confrontées.

Les mineurs, les personnes âgées, les malades sont les proies désignées de ces mouvements, qui à l’escroquerie spirituelle, ajoutent le cynisme de l’escroquerie financière. Les secteurs de vulnérabilité sont facilement repérables : services de soins palliatifs, territoires de catastrophes naturelles, aide à l’enfance, soutien scolaire…les sectes infiltrent les services, distillent leurs doctrines et se moquent outrageusement de l’Etat.
Lorsque celui s’efface parce qu’amoindri et dépouillés de ses prérogatives, les sectes tentent de remplir ce vide gagnant ainsi des « parts de marché ».

La liberté des uns ne peut être utilisée pour asservir les autres. Hors le phénomène sectaire repose sur l’emprise physique ou psychologique exercée sur un individu ou un groupe. Il s’agit d’imposer une idée, un dogme un mode de vie, d’éducation, de soins…Les objectifs sont multiples, asseoir un pouvoir, promouvoir une méthode, construire une communauté d’idées formée à l’obéissance absolue. Un obéissance qui va jusqu’à la rupture citoyenne : ne pas voter, ne pas participer à la vie sociale, donner la consigne de bloquer le fonctionnement de la justice et de l’administration par des actions de harcèlement.

L’infiltration des sphères de pouvoir est aussi une consigne que mettent à profit les dirigeants de ces mouvements pour effectuer un lobbying efficace, mais aussi pour manœuvrer à leur avantage. Présents dans différents ministères, différentes administrations et tribunaux, ils ont su privilégier des relations qui les protégent, défendent leurs dossiers et les préviennent à temps des actions qui seraient engagées contre eux.

Les enjeux sont importants car ils sont en priorité économiques. En traçant le parcours des plus grands mouvements, Scientologues, Raëliens, Témoins de Jéhovah, Soka Gakkaï, on connaît aujourd’hui la valeur du patrimoine acquis et surtout l’implication dans la vie économique de chacun. Les uns sont actionnaires dans de grandes entreprises japonaises, des multinationales coréennes ; les autres, comme les T.J, possèdent la moitié des parts d’une grande banque américaine ; d’autres encore s’inscrivent comme partenaires financiers de laboratoires pharmaceutiques. Comment s’étonner que les banques ferment les yeux sur des provenances de fond parfois douteuses ?

Régnant sur un petit peuple d’adeptes devenus docile qui constitue une main d’œuvre à bon marché et des consommateurs captifs ; assoyant leur pouvoir auprès des instances politiques et administratives ; plaçant « leurs deniers » en bourse, les sectes aujourd’hui n’attendent plus que la reconnaissance officielle des pouvoirs publics pour prospérer librement.

Ceci dans une confusion des débats sur les droits spécifiques des communautés, où la défense du droit à la différence amène rapidement à la différence des droits. Les sectes s’engouffrent dans ce débat, le compliquant en lui donnant une dimension pseudo religieuse, pour en tirer le meilleur profit.

Ainsi l’action des associations de défense des victimes de sectes devient aussi celle de la défense des valeurs de la République laïque, des valeurs de Liberté, d’ Egalité et de Fraternité.

Catherine PICARD, présidente de l’UNADFI.
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