Juillet 2007

Colloque organisé par l’association SOFI et l’UDAF
du Val de Marne

Monsieur Jean-Michel ROULET, Président de la M.I.Vi.Lu.De.S

Chers Amis,

Je suis très heureux et très honoré d’être parmi vous ce soir et je vous remercie de m’avoir invité à venir vous parler de ce que fait la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires et de vous expliquer les difficultés auxquelles nous pouvons être confrontés. Je suis certain que beaucoup d’entre vous les connaissent puisque dans les fonctions qui sont les vôtres, dans les associations dont vous vous occupez, vous avez été au contact de personnes qui ont eu à souffrir de ces problèmes.

I. Définir la « secte »
Tout à l’heure, la Présidente de l’U.D.A.F. vous a donné une définition de l’organisation sectaire telle que l’U.N.A.D.F.I. a essayé de l’affiner. Si l’on prend le dictionnaire, on verra que la définition de la secte est généralement un groupe de personne, un groupe de dissidents, qui partant d’une croyance, étant plus radicaux que les autres, plus « durs » que les autres, se séparent pour former un nouveau groupe. Ce nouveau groupe va vouloir chercher la vérité, il va vouloir détenir la vérité. Par conséquent ceux qui vont participer à ce groupe, les adeptes, vont appartenir à une élite, ils détiendront la vérité et les autres ne la détiendront pas.

En France, appartenir à une secte n’est absolument pas répréhensible. Nos amis belges qui ont un dispositif assez voisin du nôtre, parlent pour ce qui les concernent, de « sectes nuisibles ». Lorsque nous essayons de parler de secte, nous devons nous référer à la Déclaration des Droits de l’Homme, à la Convention européenne des Droits de l’Homme, que notre pays a signée et qui dit clairement qu’ : « il n’y a aucune limite à la liberté de croyance, aucune limite à la liberté de penser ».

A partir de là, toute action qui sera introduite devant une juridiction, française ou européenne, et qui ferait une discrimination fondée sur l’appartenance à une croyance, notamment sur l’appartenance à une « secte », serait irrémédiablement sanctionnée, irrémédiablement condamnée. Par conséquent nous avons bien compris que nous ne devions plus nous référer à la notion de secte mais qu’il fallait se référer à autre chose.

Alors, nous avons cherché ce qui pourrait exister dans le droit, et nous avons constaté que, très longtemps, il n’y a pas eu d’incrimination particulière, et que tout ce que l’on pouvait reprocher aux mouvements sectaires était globalement des délits de droit commun : de l’extorsion de fonds, des violences, de la tromperie, de l’escroquerie, des abus de toutes sortes…mais rien de particulier, de typiquement sectaire. Il a fallu attendre 2001-2002 pour que soit votée la loi que l’on connaît sous le nom de ces deux promoteurs :
-le rapporteur au Sénat, Monsieur Nicolas ABOUT et
-la rapporteure, comme on dit maintenant, à l’Assemblée Nationale, Madame Catherine PICARD qui, à l’époque était Députée, et qui est maintenant Présidente de l’U.N.A.D.F.I.

Cette loi ABOUT-PICARD a très nettement affiné le délit d’abus frauduleux de faiblesse : il s’agit pour la première fois d’une incrimination particulière qui n’a donné lieu jusqu’à présent dans notre pays qu’à très peu de cas de jurisprudence.

Nous nous sommes tournés, à défaut des juristes, vers les sociologues. Ils ne nous aident pas beaucoup, parce qu ils ont tendance à considérer que, pour tout nouveau mouvement dans le domaine spirituel ou thérapeutique, ou autre, il est difficile de limiter le terrain des croyances. Donc, ces mouvements sont appelés par leurs soins « nouveaux mouvements religieux ».

Évidemment cela donne à ces organisation de véritables lettres de noblesse et les incite à réclamer, au nom de la liberté de culte, des avantages qui s’y rattachent, tous les assouplissements notamment en matière fiscale que la République est prête à accorder pour que précisément la liberté de culte ne soit pas que quelques mots gravés sur des tables mais une véritable réalité dans notre République laïque.

Or, il est bien difficile, notamment dans les domaines qui vont nous préoccuper ce soir, santé, soutien scolaire, coaching, formation, tous domaines dans lesquels les enfants sont des cibles particulières, d’associer tout cela à un cheminement spirituel de quelque nature qu’il soit. On est manifestement dans le cadre d’opérations commerciales, dans la recherche du pouvoir, et dans la recherche du profit.
Et par conséquent cette définition ne peut pas nous satisfaire non plus.

Et c’est pour cela que notre système de vigilance et de lutte contre ces organisations, contre ces mouvements, a changé de nom au cours des dix dernières années.

2. Historique de la vigilance et de la lutte contre les dérives sectaires
Faisons un peu d’histoire : pendant les Trente Glorieuses, dans les années 60/70, le problème sectaire se posait peu dans notre pays, et en tout cas il ne préoccupait pas nos concitoyens. Peu de gens étaient frappés, nous étions dans une période de plein emploi, nous étions dans une période de croissance, et par conséquent tout le monde avait du travail, tout le monde avait des occupations et il n’y avait pas une forte recherche de bien être ou de développement personnel et donc il n’y avait pas un terrain propice pour ces organisations.

Mais dès la fin des années 70, début des années 80, cela est apparu.

Dans un premier temps en France, le pouvoir législatif s’y est intéressé. Le premier travail effectué en ce domaine l’a été par Alain VIVIEN, mandaté pour cela par M. MAUROY, Premier Ministre, travail que l’on appelle le rapport VIVIEN de 1983.

Et puis, même si malgré tout à l’époque il y avait eu certains retentissements, il a fallu attendre une nouvelle législature en 1993, mais les travaux datent de 1995, pour qu’une commission d’enquête parlementaire se saisisse à nouveau du sujet.

C’est la commission qu’on a appelé Gest / Guyard du nom des deux parlementaires qui en étaient le Président et le rapporteur.
Cette commission a travaillé, et s’est rapprochée des services du gouvernement, des services de l’exécutif pour obtenir un certain nombre d’éléments. A cette époque, le Ministère de l’Intérieur, la Direction Générale de la Police Nationale, plus particulièrement les Renseignements Généraux ont fourni au Premier Ministre d’abord, au Parlement ensuite, une liste de 173 organisations susceptibles de présenter des dangers pour nos concitoyens.

Les parlementaires ont décidé d’intégrer cette liste à leur rapport et ça a été un gigantesque coup de pied dans la fourmilière sectaire.

Immédiatement, on a vu partout des gens remuer, des gens dire : « mais c’est scandaleux, on ne devrait pas être sur cette liste » et en même temps on a vu remonter énormément de questions, en disant : « mais moi je connais des gens qui appartiennent à des organisations de cette liste et j’avais noté un certain nombre de choses qui me surprenaient »

Dans la foulée du travail parlementaire, le Premier Ministre de l’époque, M. Juppé a donc décidé d’en savoir un petit peu plus, et il a créé en 1996, l’Observatoire Interministériel des Sectes, qui avait pour mission de creuser le travail fait par les parlementaires (qui ne pouvait être qu’un travail de six mois puisque les commissions d’enquête parlementaires travaillent sur six mois) et de demander à l’ensemble des services de l’Etat de se pencher réellement, sérieusement, sur cette question.

Inutile de vous dire que l’actualité lui donnait raison puisque dans le même temps il y a eu les affaires de l’Ordre du Temple Solaire avec les « transits » au Canada et dans les Alpes Suisses et puis dans le Vercors. Dramatiquement, l’opinion française prenait conscience, prenait connaissance des véritables conséquences que pouvait avoir l’appartenance à un mouvement sectaire. Cela ne se passait plus seulement loin de chez nous, au Guyana ou à Waco, mais c’était là, tout près de chez nous avec des noms bien connus puisqu’il y avait par exemple l’épouse d’un grand champion olympique. Manifestement le gouvernement ne pouvait plus rester en retrait.

On a donc mis en place cet observatoire, qui a creusé le sujet. Mais  vous connaissez la politique, vous savez bien ce qu’il en est, il y a des alternances, et peu après il y a eu un changement, et M. JOSPIN a succédé à M. JUPPÉ.

On aurait pu penser qu’avec le basculement politique on aurait abandonné complètement le sujet. Mais ce ne fut pas le cas, et de la même façon que la dernière commission d’enquête parlementaire, comme les deux précédentes, a été votée à l’unanimité de l’Assemblée Nationale et tous partis politiques confondus, M. JOSPIN a repris là où ils en étaient les travaux de M. JUPPÉ disant : « Observer c’est bien, mais Agir c’est mieux ! »

Par conséquent il a crée la Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes dont il a confié la présidence à quelqu’un qui connaissait bien le sujet, précisément M. VIVIEN, le rapporteur de 1983.

Et c’est là où j’en reviens à mon sujet initial, la définition des sectes.  On s’est quand même rendu compte qu’il y avait là un problème, qui tenait à la sémantique et au-delà de la sémantique, qui tenait au contenu de ce qu’on voulait mettre dedans.

Lutter contre quelque chose qui n’est pas interdit, ce n’est pas évident et cela ouvre la porte à toutes les critiques et par conséquent la Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes s’est transformée tout naturellement, en décembre 2002, en Mission Interministérielle de VIgilance et de LUtte contre les DErives Sectaires.

A défaut de définition juridique des sectes, et même si dans la conscience collective on voit très bien ce que cela recouvre, c’est la définition que vous rappeliez en ouverture, Madame la Présidente, c’est bien ce à quoi tout le monde pense quand on parle des sectes.

On s’est dit qu’il était préférable de parler de dérives sectaires. Dès le rapport de la commission d’enquête parlementaire de 95, on avait déjà défini un certain nombre de critères qui figurent en toutes lettres dans ce rapport et qui depuis n’ont pas changé. Mais on les a peut-être un tout petit peu affinés mais ils restent les mêmes, ce sont des critères objectifs, clairement définissables, qui, pour certains d’entre eux, constituent des infractions pénales, pour d’autres pas, et qui, en tout cas, sont très significatifs et permettent de dire que l’on est en présence de dérives sectaires.

A partir de l’instant où l’on est en présence de dérives sectaires on peut qualifier la personne ou le mouvement qui se livre à cela d’organisation sectaire. On prend l’adjectif au lieu du nom et ainsi les choses sont plus simples et à la limite beaucoup plus claires.

Alors quels sont ces critères ? Je sais que vous les connaissez mais je crois qu’il est bon de les rappeler :

Le premier d’entre eux, le critère essentiel, c’est celui de l’emprise mentale, de la volonté d’exercer une mainmise sur la volonté de la personne parce que c’est cela qui fait la victime.

Sans victime nous n’aurions pas à être ici ce soir, et parce qu’il y a des victimes il y a un devoir pour l’Etat, que ce soit le pouvoir exécutif, que ce soit le pouvoir législatif, d’être présent.

Nous avons le devoir de défendre ceux qui sont victimes de ces agissements et nous avons le devoir de faire en sorte que ceux qui se rendent coupables de toutes ces dérives en rendent compte devant la justice et paient le prix des exactions qu’ils commettent et qui détruisent très souvent des personnes, des familles.

Car cela peut aller très loin : par exemple, ce qu’on appelle des faux souvenirs induits où l’on fait croire à une personne qu’elle a subi dans son jeune âge le crime de l’inceste, et où toute la famille, les oncles, les grands-parents, les tantes prennent partie pour l’un ou pour l’autre. Cela brise des familles entières.

Face aux drames qui existent, face à ces victimes qui existent, tous ceux qui nous disent qu’il n’y a pas de dérives sectaires, tous ceux qui nous disent que l’action de l’Etat en ce domaine est liberticide et qu’il vaudrait mieux ne rien faire, tout ceux-là ont tort et nous sommes parfaitement conscients et convaincus que votre action, vous qui présidez des associations, vous qui militez dans les associations, et que notre action, que l’action des parlementaires qui ont crée récemment une nouvelle commission d’enquête, que cette action est parfaitement légitime et qu’elle répond à l’attente des plus faibles, des victimes et qu’elle répond globalement à l’attente de tous nos concitoyens.

Nous ne devons pas nous laisser intimider par ces pressions qui parfois s’exercent, pour nous dire : « attention danger » « mort aux libertés ». Ces expressions parfois viennent de très loin, elles peuvent venir aussi de l’étranger. Car un certain nombre de pays ne comprennent pas, ou feignent de ne pas comprendre ce qu’est la politique de la France en ce domaine, et font volontiers, comme certains que j’évoquais tout à l’heure, la confusion entre lutte contre les dérives et atteintes à liberté de religion, à liberté de pensée, auxquelles jamais il n’a été question de porter atteinte, mais simplement la lutte contre un certain nombre d’actions criminelles et délictuelles que sont les dérives sectaires.

La MIVILUDES existe donc depuis maintenant plus de 4 ans, et prolonge le travail de ses deux prédécesseurs l’Observatoire et la MILS. Il n’y a eu absolument aucune rupture entre les trois, il y a eu une grande continuité dans la réflexion et dans les travaux.

Elle s’efforce d’informer les populations, elle s’efforce de former les services et elle s’efforce de faire en sorte que ceux qui se livrent à ce genre d’actions aient à en rendre compte à la justice. Ce n’est pas simple, nos moyens ne sont pas considérables, nous avons en face de nous des personnes particulièrement retorses et quand j’évoquais tout à l’heure la liste de 173 organisations, certains nous disent : « on voudrait bien être rayés de cette liste, parce que ça nous cause un grand préjudice ».

Il est évident que pour les plus malins, les plus forts, les plus rusés, il y a très longtemps qu’ils ont changé de nom, qu’ils ont changé d’adresse, qu’ils ont changé de raison sociale et qu’ils continuent à faire le mal comme par le passé mais qu’ils ne sont plus sur cette liste et qu’ils peuvent dire : « vous voyez bien, nous on n’est même pas dans la liste parlementaire de 1995 ». C’est un leurre, c’est une technique bien habituelle de ces organisations, et nous ne devons pas, là non plus, nous laisser impressionner, et nous laisser attendrir.

Voilà donc un bref historique que je voudrais compléter en disant que le Parlement, après sa commission d’enquête de 1995 sur les sectes a composé une deuxième commission d’enquête en 1999 - c’était une nouvelle législature après la dissolution de 1997. Le rapport portait sur Les sectes et l’argent, et si certains d’entre vous veulent le lire, il est sur le site de l’Assemblée Nationale. Il est tout à fait éclairant.

Et tout récemment, en juillet 2006, l’Assemblée Nationale a décidé de constituer une commission d’enquête parlementaire qui traite plus particulièrement des atteintes à la santé morale et physique des mineurs par les organisations sectaires, et c’est un sujet donc qui est au cœur des préoccupations de ce soir. On aurait pu penser que les organisations sectaires s’adressaient, puisque ce qui les intéresse, c’est le pouvoir et l’argent, à ceux qui détiennent le pouvoir d’achat, c’est à dire qu’elles s’intéresseraient aux adultes. C’est bien sûr vrai, et parce que l’argent les intéresse, elles s’intéressent aussi aux entreprises parce qu’il y a un certain nombre de crédits disponibles qui peuvent permettre de mener un certain nombre d’actions.

Mais les enfants les intéressent, et les enfants les intéressent à plus d’un titre. D’abord parce que cela fera de futurs adeptes; et des adeptes d’autant plus efficaces qu’ils auront été formatés très jeunes et puis parce que les enfants sont aujourd’hui la cible d’un certain nombre de messages publicitaires qui vont inciter les parents à acheter un certain nombre de choses.

Les enfants vont être un bon vecteur pour amener les parents dans l’organisation. Je vous donne un exemple tout simple, dans le domaine du soutien scolaire. On sait aujourd’hui que pour réussir dans la vie, il est essentiel de faire d’abord une bonne scolarité, de passer ses examens, d’avoir des diplômes, et par conséquent les parents seront prêts à tous les sacrifices pour que leurs enfants aient une bonne formation initiale. Et si on leur explique que le soutien scolaire est primordial après l’école, ils seront prêts à faire des sacrifices financiers pour que leurs enfants puissent bénéficier de ce soutien scolaire. Cela, les organisations sectaires l’ont compris, parce qu’il y a deux messages qui leur reviennent à elles, avec la déformation qui est la leur.

Premièrement il y a de l’argent, donc on va y aller ; et deuxièmement il y a des gens sur lesquels on va pouvoir exercer un certain nombre de pressions, via ces jeunes enfants que l’on va nous confier.

C’’est tout bénéfice : on va pouvoir inculquer un certain nombre de choses à ces enfants et puis on va pouvoir dire aux parents : « bah! Ecoutez, c’est pas mal ce que nous avons fait avec vos enfants, c’est même bien, c’est un bon début, ils sont sur la bonne piste ». Le langage de ces organisations est toujours le même : au départ on part de très loin mais les choses vont mieux, donc on est sur la bonne piste, mais « vous savez ce serait encore mieux si vous pouviez continuer chez vous le samedi et le dimanche cette formation qu’on leur donne, cette formation qui va bien au-delà du soutien scolaire, parce qu’en fait, s’ils sont en échec scolaire, ces enfants, ce n’est pas seulement parce que leur instituteur ou leur institutrice ne fait pas bien son travail, ce n’est pas seulement parce qu’ils ont plutôt envie de regarder la télévision quand ils rentrent à la maison que de faire leurs devoirs, c’est aussi parce que nous avons décelé qu’il y avait d’autres problèmes psychologiques. Alors vous savez ce serait bien si vous les parents vous veniez suivre le stage »

Et comme ça on fait coup double, les enfants qui paient pour leur soutien scolaire et puis les parents qui vont payer aussi pour venir recevoir cette formation complémentaire qui va leur permettre de mieux comprendre leurs enfants et qui va leur permettre de poursuivre à domicile l’action menée par l’organisation.

C’est toujours ce phénomène de boule de neige, qui fera qu’on recrute, on fait du prosélytisme et puis on dit : « vous en parlerez aux parents des camarades de vos enfants », et ainsi de suite.

On essaie de se faire une clientèle, de travailler en réseau et, au bout du compte de faire beaucoup de bénéfices.

C’est une première approche pour les enfants. Les enfants dans les sectes c’est aussi les enfants des adeptes. Lorsqu’une personne dans un couple, ou deux personnes dans un couple, appartiennent à une organisation sectaire, il y a de fortes chances que les enfants, eux-mêmes, se retrouvent dans l’organisation. Certains ont la malchance de naître dans ces organisations.

Vous avez vu récemment que les parlementaires se sont rendus dans une communauté fermée, dans le sud ouest, qui s’appelle Tabitha's Place. Elle se dit chrétienne, elle se dit l’une des douze tribus d’Israël, en l’occurrence la tribu de Ruben, et on y vit comme on y vivait un peu au temps de l’Ancien Testament. En tout cas, on y détient bien entendu la vérité, les textes qui permettent de vivre cette vérité, et il y a là un gourou, ou un certain nombre d’anciens qui savent lire ces textes, ou en tout cas vous donneront les bonnes indications pour que l’éducation des enfants se fasse dans le bon sens. Alors ces enfants, il n’est pas question qu’ils fréquentent l’école publique, puisque l’école publique c’est l’école de Satan. Il n’est pas question qu’ils y aillent, il n’est pas question qu’ils rencontrent d’autres enfants de leur âge parce que ce serait les mettre en péril sur le plan moral. Il n’est pas question non plus qu’on les fasse vacciner puisque le vaccin n’existait pas dans l’Ancien Testament. Bref nous avons là des enfants qui sont en situation d’enfermement extrêmement grave qui ne leur permet pas de forger leur esprit critique puisqu’en dehors des lectures des Ecritures saintes  et même d’une toute petite partie des Ecritures saintes, essentiellement les écrits apocalyptiques, ils n’ont accès à rien, ce qui fait que lorsque les parlementaires y sont allés et qu’ils ont demandé à l’un d’entre eux qui avait une douzaine d’années « est-ce que tu sais qui est Zidane ? », ce gamin ne le savait pas.

Ca peut paraître dérisoire comme exemple. En vérité, c’est excellent car qui dans notre pays, qui dans le monde entier, ne connaît pas Zidane? On serait tenté de dire : personne. Je crois qu’on ne connaît pas Zidane dans cette communauté de Tabitha's Place et que l’on ne le connaît pas également dans toutes ces communautés fermées.

Il en existe quelques-unes unes en France, elles sont sans doute moins nombreuses qu’à la belle époque du Larzac et de Peace and Love mais il y en a quand même encore un certain nombre et c’est un exemple qui illustre le risque que connaissent les enfants.

 Mais il y a d’autres communautés, qui ne sont pas totalement fermées.
Par exemple, les Témoins de Jéhovah, mais qui font vivre à leurs enfants un véritable enfermement. C’est à la fois un enfermement intellectuel et moral. La communauté des Témoins de Jéhovah n’est donc pas une communauté fermée, la preuve c’est que  d’ailleurs vous avez sûrement eu les uns et les autres l’occasion de les voir venir par deux frapper à votre porte pour vous apporter la Tour de Garde et vous inciter à rejoindre le troupeau. Les enfants, dans cette communauté, ne vivent donc pas un enfermement comme ceux de la communauté de Tabitha's Place, mais c’est peut-être pire parce que cet enfermement moral est parfaitement schizophrénique.

Ainsi on va dire aux enfants : « il est essentiel d’avoir de bons résultats à l’école », c’est vrai que globalement, les enfants Témoins de Jéhovah dans les écoles publiques ne posent pas de problème. Ce sont des enfants polis, assidus et travailleurs, mais quand ils rentrent chez eux après avoir appris à l’école un certain nombre de choses en arithmétique, ceci ne pose pas vraiment de problème parce que dans toutes les religions, dans toutes les croyances, 2 et 2 font 4 en général. Mais dès qu’on aborde des sujets beaucoup plus sensibles comme la création du monde, on leur dit : « oublie tout ce que tu as appris ».

Parce que la théorie de Darwin ça ne tient pas la route, la théorie de la Créativité c’est quand même tout à fait autre chose, le monde a été crée en 6 jours, point à la ligne.

Alors cet enfant, chez lui, affirme que le monde ait été crée en 6 jours, puis, quand il va à l’école, il dit : « non, le monde a été crée, il y a eu d’abord les dinosaures, puis il y a eu ceci, puis il y a eu cela ». Et il ne sait plus tellement où il en est, d’autant qu’on lui dit : « surtout, à tes petits camarades, tu dis rien. Eux n’appartiennent pas à une élite, alors fais semblant de croire comme eux. Mais surtout n’y attache pas d’importance ». Ce qui veut dire qu’on leur inculque aussi le mépris d’autrui qui va être inférieur, et qu’en même temps on leur enseigne la dissimulation, toutes vertus qui ne paraissent pas exactement fondées sur un plan spirituel.

Et là nous ne sommes pas à quelques unités, comme à la communauté de Tabitha's Place, où il y avait, je crois, 13 ou 15 enfants d’âge scolaire. C’’est par dizaines de milliers que se comptent les enfants qui vivent ce genre de situation. Par conséquent, c’est un vrai sujet qui doit nous préoccuper.

Les enfants sont également la cible dans un second domaine, que nous évoquions, celui de la santé. Ils sont la cible de tout un tas de charlatans qui proposent un grand choix de choses ahurissantes. Alors telle personne va aller voir ce qu’on appelle un « psychodérapeute », ou un thérapeutes tout court, et celui-ci va lui dire : « oh, mais moi qui suis doué de dons surnaturels, je vois que votre enfant a une aura très particulière, une aura indigo, qui est une couleur extrêmement rare. Votre enfant est donc un enfant indigo, c’est un enfant-Dieu, un enfant surdoué, et par conséquent nous allons nous en occuper. Mais comme nous le disions tout à l’heure, pour le soutien scolaire, pour pouvoir bien nous en occuper, il faut qu’on s’occupe aussi de vous »

En général, si l’un des parents suit, l’autre ne suit pas, et au bout du compte, on a un déchirement de la famille, on a une exploitation financière épouvantable, et on va retrouver, dans cette organisation comme dans beaucoup d’autres, la plupart de ces critères que j’évoquais tout à l’heure : l’emprise mentale, les exigences financières, l’éloignement du milieu familial, l’éloignement des soins traditionnels, l’éloignement du milieu médical parce que la famille, le médecin sont tous des gens de bons sens, de bon conseil, qui, lorsque l’on va rapporter les techniques que l’on met en œuvre, vont dire : «  mais attendez, ce n’est pas sérieux tout ça, réfléchissez un petit peu ». Ils vont donc poser des questions, ils vont avoir un esprit critique, et l’esprit critique dans une organisation sectaire, c’est tout à fait  impensable.

Le langage du groupe sectaire est un langage carrément anti-social : tout ce qui n’est pas le langage du groupe est un mauvais langage, c’est une critique et la critique n’est pas admissible. Et le gourou le rappellera toujours. C’est aussi un élément clé du déchirement des familles, parce que le dialogue, si essentiel à la vie sociale, devient totalement impossible entre le conjoint adepte, le conjoint non-adepte, l’enfant adepte ou l’enfant non-adepte à l’égard de son parent adepte. Nous sommes donc confrontés à des situations qui, pour chacune de ces familles, sont extrêmement difficiles  à gérer, parce qu’il y a des conflits vraiment forts et douloureux  à vivre pour ceux qui, malheureusement, doivent y faire face dans le quotidien.

3. Le paysage sectaire aujourd’hui
Je voudrais dire un mot de ce paysage sectaire qui a beaucoup évolué depuis 1995 et les 173 organisations. Aujourd’hui le paysage sectaire en France est extrêmement diffus, alors certes les grandes organisations, les multinationales du sectarisme, existent toujours.

L’Église de Scientologie, que tout le monde connaît, chacun en pense ce qu’il veut et là encore, il ne s’agit pas de porter un jugement sur la doctrine, il s’agit de s’interroger sur un certain nombre de méthodes qu’elle met en œuvre. Tout le monde aussi connaît les Témoins de Jéhovah, j’en ai dit un mot tout à l’heure, tout le monde connaît aussi les Krishna, même si on les voit beaucoup moins aujourd’hui dans nos rues, avec leurs grandes tenues oranges et leur petits tambourins. On connaît bien la Méditation Transcendantale … George Harrison, des Beatles lui avait donné ses lettres de noblesse.

On connaît aussi Raël. J’ai dit qu’on ne doit pas porter de jugement de valeur sur les croyances, mais là je n’hésite pas à dire que ce qu’il dit et propose à l’égard des enfants est proprement scandaleux. C’est bien la raison pour laquelle Raël ne vient plus en France. Raël maintenant se promène quelque part entre le Canada et l’Afrique. Je crois qu’il n’a pas intérêt à revenir sur notre territoire et que ceux de ses adeptes qui sont encore ici, ont intérêt à faire profil bas. Les derniers écrits de Raël, si vous voulez chercher sur internet, montrent que son positionnement à l’égard des libertés sexuelles notamment concernant les enfants n’a pas changé. Et cela, c’est totalement inadmissible.

Bref, à côté de ces grandes organisations que l’on connaît, qui font plus ou moins peur à juste ou à moins juste titre, se sont multipliées, depuis une quinzaine d’années, des micro-structures. Le problème c’est qu’elles sont difficiles à déceler et qu’on ne les décèle souvent que trop tard. C’est à dire qu’on les décèle à partir des signalements qui sont faits à vos associations, des signalements qui sont faits dans chaque département aux cellules présidées par les Préfets, et auxquelles participent les Parquets et enfin, des signalements qui remontent également à la MIVILUDES.

Mais déjà c’est trop tard : il y a déjà des victimes ! Et ces micro-structures se multiplient dans tous les domaines. Aujourd’hui le spirituel n’est dans la plupart des cas plus qu’un habillage, en matière de dérives sectaires. Ces dérives se situent ailleurs, elles se situent dans le domaine de la santé parce qu’il y a de la demande, nos concitoyens ne veulent plus vieillir, ils ne veulent plus être malades, ils ne veulent plus être « pas beau ». Il faut dire que les médias, les publicités ont une action en ce domaine qui voudrait inciter tout le monde à réunir sur sa personne la totalité des canons de la beauté et de la santé, ce qui, bien sûr, n’est pas possible. Et cela ouvre une voie royale à tous ceux qui sont prêts à proposer n’importe quoi au titre du plus grand charlatanisme.

J’aimerais vous donner l’exemple d’une dame qui s’appelle Helen Greeve, qui est australienne, qui se fait appeler « Jasmuheen » parce que ça fait mieux, ça a un côté Hindou. Cette dame prétend que, à son image, on peut vivre cinq ans, sans nourriture terrestre : le tout, c’est de savoir prendre dans l’air et la lumière les particules cosmiques qui s’y trouvent. Et elle vous jure la main sur le cœur que pour ce qui la concerne, elle ne consomme plus rien.

Aux journalistes qui se sont rendus chez elle et qui, lui demandant d’ouvrir son réfrigérateur, y avaient vu quelques litres de lait, quelques fruits et d’autres choses, elle a affirmé : « mais moi, je n’y touche pas, c’est mon compagnon qui lui n’a pas encore atteint le degré de pureté suffisant pour pouvoir se nourrir seulement de lumière, qui consomme ces choses là. Mais moi en ce qui me concerne, une vitamine par-ci, un peu de lumière par-là, et pas de problèmes, je vis ». Alors le problème c’est que cette dame a au moins fait un mort au Canada, un mort en Autriche. Et que, dans ces pays, elle est interdite de séjour. Chez nous, elle n’est pas interdite de séjour, ce qui fait qu’elle vient et qu’elle revient. J’ai alerté mes collègues Préfets, quand elle va quelque part, pour qu’on contrôle ses meetings de façon à ce qu’elle sache qu’on la suit. Alors, elle est prudente quand elle vient chez nous. Dans les stages, il y a quand même un peu d’alimentation végétalienne, il y a toujours un peu de céleri à manger par-là, une carotte crue, un petit peu d’eau aussi, elle fait attention. Il n’en reste pas moins qu’elle vend ses bouquins, qu’elle les vend cher, quelle vend ses conférences, qu’elle les vend cher et qu’elle vend également l’hébergement et l’alimentation.
Puisque même si elle prône de se nourrir de lumière, elle vend tout ça et quand elle vient, ce qui est sidérant est qu’elle arrive à faire des salles de 300 personnes. Sans compter les agents des renseignements généraux qui viennent la surveiller mais qui n’appliquent pas son régime !

Donc c’était un exemple des choses les plus ahurissantes que l’on propose et qui marchent. Parce que, nous avons rencontré ensuite un certain nombre de personne qui avaient écouté et qui ont dit : « non, non, mais c’est très bien et je vais la suivre, d’ailleurs elle m’a dit que dans un premier temps je continuerai à manger un tout petit peu, et bien sûr à boire de l’eau, et que ça viendrait progressivement ». Et les gens la croient.

Cela paraît tellement aberrant que globalement les gens doués d’un petit peu de bon sens ne l’admettent pas, et qu’en tout cas le corps médical est unanime à dire que c’est aberrant, idiot.

Lorsqu’on se situe dans une tranche un petit peu plus acceptable, alors effectivement le discours peut faire beaucoup d’adeptes, et on va voir des choses, dans ce domaine, qui globalement traduisent, non pas la faillite du système médical actuel, mais qui sont le reflet de ses limites.

Nous avons connu une période de progrès techniques, scientifiques, médicaux extraordinaires. Il n’y a plus rien de commun aujourd’hui entre ce qui était notre sort en, par exemple, 1900 et à ce qu’il est en 2000. On le voit d’ailleurs très bien quand on suit le système des retraites parce que finalement, l’un est la conséquence de l’autre. Donc on s’est dit : « la médecine sait tout faire y compris les miracles »

Malheureusement non, il y a encore un certain nombre de maladies devant lesquelles la médecine traditionnelle, scientifique, est impuissante. Et du coup ressurgit tout un tas de magiciens, de chamans, de mages qui proposent des miracles.

Parmi ceux-là il y a notamment quelques Églises Evangéliques. Qu’elles proposent des miracles, ce n’est pas anormal : les églises reconnaissent parfois des miracles. Pour sa part, l’Église catholique, à Lourdes, a des critères extrêmement sérieux et rigoureux pour reconnaître un miracle, et elle n’en a pas reconnu beaucoup en 150 ans. En revanche, dans certaines Eglises Evangéliques, il y a un miracle par semaine, ou deux miracles par semaine, à date fixe. Récemment, à Vincennes, je crois, sur l’esplanade du Château, le pasteur Osmond est venu et il a accompli en public, un certain nombre de miracles, si l’on en juge par l’hystérie collective qui régnait sur la place ce jour-là. Ce n’étaient pas 300 personnes qui étaient là, c’était un public absolument extraordinaire.

Je ne résiste pas au plaisir de vous citer cette anecdote américaine puisque les américains sont des gens sérieux, ils ont des universitaires sérieux qui font des recherches sur tout. Et donc, ils se sont dit : « la guérison par la prière, est-ce que ça marche ? Il faut le vérifier scientifiquement ». Ils ont donc choisi un panel de trente personnes souffrant des mêmes pathologies et arrivant au même degré d’évolution dans leur pathologie. A dix d’entres elles, on a dit : « on va prier pour vous » A dix d’entre elles on n’a rien dit et on a prié pour elles, et à dix d’entres elles, on n’a rien dit et on n’a pas prié pour elles. Et bien, il y a eu le plus fort pourcentage de morts parmi ceux pour lesquels on a prié après les avoir prévenus, tout simplement parce qu’ils se sont dit : « si on prie pour nous, c’est que c’est grave » Par conséquent, cela les a démoralisés et sans doute sont-ils morts plus rapidement.

Cet exemple est à la fois amusant mais instructif, parce que tous les médecins vous diront que lorsque l’on croit à quelque chose, ça peut aider. Par conséquent il faut se garder de critiquer, de contester et d’interdire ce genre de choses, à une condition : que le gourou, celui qui dirige, n’impose pas l’abandon des soins scientifiques. Parce que c’est un petit plus qui ne peut pas faire de mal, à partir de l’instant où le patient n’abandonne pas la thérapie médicale normale, qu’il voit son médecin, qu’il prend ses médicaments, qu’il suit telle ou telle sorte de chimiothérapie, de radiothérapie. Si en plus il prend une petite pommade, si en plus il fait une petite prière, si en plus il fait une méditation ça n’est certainement pas grave, bien au contraire, la plupart des médecins disent que c’est certainement un plus.

Là où c’est problématique, et là où il y a dérive sectaire et non pas dérive thérapeutique, là où nous devons intervenir et où vous, associations, vous êtes concernées aussi, c’est quand le gourou dit : « laisse tomber c’est du poison, moi ce que je vais faire, va vraiment te guérir » Là où c’est encore plus grave c’est quand celui qui dit cela est titulaire d’un diplôme de docteur en médecine, et qu’il dit : « moi, j’ai réussi à me soigner ».Je pense à Ryke Hamer, que beaucoup d’entre vous connaissent, car il a inventé la « loi d’airain pour guérir le cancer », et qui dit en substance :  « la chimiothérapie, c’est du poison, le cancer il faut le chercher ailleurs, dans les origines de votre propre vie, voire dans une vie antérieure, voire dans la vie de vos ancêtres, et si vous suivez ce que moi je vous dis, par la seule force de votre volonté vous arriverez à guérir ».

Fort heureusement le docteur Hamer s’est retrouvé en prison, malheureusement, pour bonne conduite, il en est ressorti, et plus encore malheureusement, il a fait beaucoup d’adeptes qui appliquent sa méthode dans notre pays.

D’autre part, je voudrais évoquer ce domaine des thérapies nouvelles et, je crois, Madame la Présidente, tout à l’heure, que vous parliez de médecine moderne, mais je crois qu’il faut mieux parler de thérapies pour ne pas galvauder le mot de médecine, qui est quand même un mot un peu sacré. Dans ces thérapies nouvelles, le problème est qu’on a à faire à des gens non formés, des bricoleurs ; et ces bricoleurs vont donc bricoler quelque chose en prenant ici un petit peu de méthode, dans l’analyse transactionnelle : un peu de méthode, dans tel esprit spirituel, un petit peu de quelque chose dans le chamanisme africain, et ils vont bricoler des « trucs » qui vont s’avérer de véritables cocktails Molotov, de véritables explosifs, lorsqu’on va l’appliquer à des personnes qui, si elles sont venues, sont venues parce qu’elles étaient déjà en état de faiblesse.

Rapidement, cela va être dramatique, dramatique pour la personne qui malheureusement ne va pas guérir, mais au contraire, dont la santé mentale et physique va empirer et dramatique pour la famille qui devra en subir les conséquences.

Vous me direz : on est loin des enfants. Non, on n’est pas loin des enfants parce que la plupart de ces personnes qui vont voir ces charlatans, ont des enfants. Et les enfants en pâtissent, parce qu’on va appliquer les mêmes thérapies, le langage qui change va s’appliquer aussi aux enfants, et les enfants ne vont plus comprendre, ballottés entre deux parents, l’un adepte, l’autre non-adepte, ils ne vont plus comprendre ce qui se passe, ils vont eux-mêmes se trouver en état de faiblesse et être à la portée de n’importe quel charlatan qui va vouloir leur apporter le réconfort dont ils ont besoin.

Et quand on attaque les familles, on attaque les enfants. Et je sais Madame Lebatard,(UNAF) parce que vous travaillez avec nous à notre conseil d’orientation, que vous êtes extrêmement sensible aux dommages collatéraux. Vous nous avez dit d’y réfléchir, et vous aviez parfaitement raison Dans notre rapport, sorti en janvier 2007, nous évoquons le problème. Mais  nous voyons bien qu’il faut nous y pencher beaucoup plus longuement, en parler avec des spécialistes.

Pendant toute la période où l’adepte est satisfait de ce que lui apporte l’organisation, le groupe ou la micro-structure dans laquelle il se trouve, l’adepte ne souffre pas, il ne se rend même pas compte qu’il fait souffrir sa famille mais la famille souffre déjà.
Elle est la première victime, et puis va venir un moment où l’adepte va se rendre compte que les choses ne vont pas aussi bien qu’il pensait, et lui aussi va souffrir.
Vient l’heure de la sortie, ce qui n’est pas évident. La grande différence entre la secte et d’autres organisations, c’est que, de ces organisations anodines, on sort comme on veut ;  mais les groupes sectaires, quand on veut en sortir, si l’on y arrive, on fait alors l’objet de pressions, parfois de poursuites judiciaires ou civiles pour vous ruiner, on fait l’objet de campagnes de dénigrement systématique, de déstabilisation.
Quand on commence à perdre contact avec ce que l’on a vécu, avec ce à quoi on a cru, on n’a pas tellement envie d’en parler, on n’a pas envie d’engager des poursuites judiciaires, on n’a pas envie de se plaindre.
Quand enfin on est capable de le faire avec le soutien des associations, il est trop tard. Le délai de prescription est passé, on ne peut plus rien faire, ce qui fait que les gourous agissent en totale impunité, ce qui bien sûr n’est pas acceptable.
Fort heureusement il y a des associations, qui sont nombreuses, vous le savez, elles maillent très bien le terrain et par conséquent les familles ont là, la possibilité de trouver un accueil, de trouver une écoute attentive, de trouver des conseils pour que, lorsqu’il est encore temps, ne pas rompre les ponts et quand il est un peu tard essayer de faire en sorte de recoller les morceaux.

Je crois que votre action, mesdames et messieurs appartenants à ces associations bénévoles, il faut le souligner, est tout à fait déterminante.

Les élus locaux ont besoin de vous pour être au courant de ce qui se passe, parce que vous êtes comme eux au contact du terrain, au contact des réalités. Eux, qui doivent savoir ce qui se passe dans leurs communes, ont besoin de vous pour faire remonter l’information et croyez-moi, eux, ensuite la font remonter, soit vers les Préfets, soit par l’intermédiaire des parlementaires, vers le gouvernement.

Ensuite, nous essayons de déployer et de mettre en œuvre, le Parlement de son côté, le gouvernement du sien, les moyens nécessaires pour qu’il y ait le moins de victimes possible, le moins de dommages possible, que ces dommages soient réparés, que les infractions soient punies. Cela n’est pas facile. Les résultats ne sont pas à la hauteur de nos exigences, mais enfin soyez assurés que l’on fait, à chaque fois, le maximum.

Dans le domaine sectaire je voudrais dire également que plus aucune zone n’est épargnée, que de la même façon qu’à côté des grandes organisations on voit maintenant apparaître de plus en plus de petites organisations, qu’à côté des grandes doctrines qui se multiplient - les renseignements généraux en comptaient 80 il y a une dizaine d’années - il y en a 200 aujourd’hui, plus tous les petits mélanges que j’évoquais tout à l’heure, on relève à présent le fait qu’aucune région de notre pays n’est aujourd’hui épargnée. Autrefois ces grandes organisations se cantonnaient dans les grandes villes, maintenant il n’y a pas un chef lieu de canton, à mon sens, dans lequel il n’y a pas un petit gourou qui trafique dans son coin une pseudo thérapie ou une thérapie quelconque, dont peuvent être victimes les habitants de ce canton, les habitants des communes de ce canton.

Et cela est extrêmement grave, parce qu’on a beaucoup de mal à suivre cette évolution, les choses évoluent plus vite que nous n’arrivons à les suivre et, alors que nous devrions essayer d’avoir toujours un combat d’avance sur ces gens là, nous avons souvent une guerre de retard et c’est très ennuyeux.

Nous constatons également que ces organisations, ces micro-structures frappent toute la société, à tous les âges, les enfants, c’était là notre sujet majeur de préoccupation, mais les familles qui ne peuvent pas être indifférentes au sort de nos anciens.

Or nous constatons que ces organisations sont de plus en plus présentes dans les hôpitaux, dans les maisons de retraite, parce que là aussi il y a possibilité de capter quelques héritages au passage, il y a possibilité de s’adresser aux familles qui sont dans la douleur parce qu’elles voient l’un des leurs, l’un de leurs anciens  en bien mauvais état, par conséquent on essaie d’apporter un soutien moral aux familles pour leur dire : « On va vous aider à surmonter ces moments difficiles ». En fait, on essaie tout simplement de procéder là aussi à leur embrigadement, pour récupérer du pouvoir et de l’argent.

Personne, donc,  n’est épargné, des plus jeunes aux plus âgés, des gens qui ont la chance de vivre dans des milieux aisés, des milieux cultivés, aux gens qui vivent dans des milieux moins cultivés, qui n’ont pas eu la chance de faire de longues études. On se rend compte que les organisations sectaires recrutent partout. Le fait de posséder des diplômes n’est pas une garantie.

Prenez l’actuelle «gourelle »même si le mot n’est pas joli, mais c’est celui qui existe, du Mandarom. Tout le monde se souvient du Mandarom à Castellane, du Génie cosmo-planétaire, Gilbert BOURDIN, qui avait fait construire une statue à son effigie, de 20 mètres de haut. Ce monsieur est décédé, paix à son âme, s’il y croit. La dame qui lui a succédé, que j’ai rencontrée, est tout à fait respectable, tout à fait sympathique, elle travaille au CNRS, elle est docteur en astrophysique

J’ai rencontré un des responsables de la scientologie en France, qui est un ancien élève de Polytechnique, qui n’est quand même pas la plus mauvaise école de France. Ce n’est pas celle qui semble non plus, par son rationalisme, préparer le plus à l’adhésion à ce type d’organisations.

Par conséquent il ne faut surtout pas penser que telle ou telle catégorie de personnes est plus vulnérable qu’une autre. Nous sommes tous vulnérables et par conséquent nous devons tous être vigilants. C’est l’une des missions fondamentales de la MIVILUDES, la vigilance. Cette vigilance passe par l’information du public : c’est pour cela que je suis là ce soir, je vous remercie de m’avoir accueilli, je vous remercie de m’avoir écouté.

Notre mission passe aussi par la formation des personnels, en faisant un gros effort de formation à l’usage des services déconcentrés de l’Etat, de toutes les administrations, à l’usage aussi des personnels des collectivités territoriales qui nous le demandent. Nous avons passé un contrat avec le CNFPT, le Centre National de Formation des Personnels Territoriaux.

Toutes les fois où la parole nous est donnée dans les médias, nous prenons la parole, pour mettre en garde, sans faire le procès de qui que ce soit, mais simplement en disant : « voilà les faits, voilà des faits réels, soyez vigilants ». Nous entretenons des relations étroites avec les services de police, de gendarmerie, avec la Chancellerie, avec les services de justice, avec les Cours, pour faire en sorte que, lorsque des affaires existent, elles soient déférées à la justice, et qu’elles soient jugées sur les bons fondements juridiques. C’est la raison pour laquelle récemment nous avons produit deux ouvrages sur le satanisme, l’un à l’usage des personnels d’enquête, policiers, gendarmes, magistrats, personnels sociaux également, l’autre à l’usage plus général des familles et des enseignants, parce que le satanisme est une des questions qui nous préoccupe aujourd’hui, c’est un des dangers auxquels sont exposés nos enfants notamment par le biais d’internet qui vulgarise des tas de sujets.

Nous nous étions rendus compte que, dans un certain nombre de cas, les enquêteurs faisaient fausse route dans les enquêtes judiciaires en matière de satanisme. Ils y voyaient simplement la violation de sépultures, ils voyaient parfois des actes antisémites là où il y avait des actes sataniques. Je vous donne un exemple qui est typique : un enquêteur avait dit : « il y a une étoile de David qui est tracée dans ce cimetière » Non, c’était une étoile à cinq branches, le Pentagramme, symbole de Baphomet, symbole satanique. Les poursuites qui devaient être engagées étaient donc bien différentes et on a pu établir de cette manière que les auteurs de ces faits absolument scandaleux étaient également passés dans une église où ils avaient peint le chiffre 666, qui est la référence du diable, selon l’Apocalypse de Saint Jean.

Donc nous avons jugé utile de faire cela, de faire ces deux documents sur le satanisme, cela fait  partie de nos missions et nous nous diversifions chaque année en essayant d’étudier un nouveau sujet. L’an prochain nous ferons un guide à l’usage des élus et des collectivités locales, avec un glossaire, un lexique des différents termes sectaires et puis une sorte de vade-mecum, permettant de voir si on est en présence de dérives ou pas.

Voilà mesdames et messieurs, en quelques mots, ce que je voulais vous dire, ces quelques mots ont quand même été très longs et je pense que j’ai dépassé le temps, Madame la Présidente, que vous m’aviez accordé, mais si vous voulez me poser des questions j’y répondrai bien volontiers.

Merci Mesdames et Messieurs, de votre attention.