Novembre 2005
QUESTIONS SUR LA SORTIE DES SECTES

Il est généralement habituel pour une intervention de présenter un thème qui met en valeur le travail de l'intervenant.
J'ai choisi de présenter, non pas par masochisme, les difficultés auxquelles je me trouve confrontée avec les personnes qui viennent me demander de l'aide pour la sortie d'une secte d'un proche ou d'un ami.
Je souhaite pouvoir confronter, analyser, penser cette question avec d'autres personnes concernées au sein de cette association.
Par des réseaux assez compliqués, et venant de très loin, parfois, on me cherche... on me trouve... Les personnes qui s'adressent à moi sont généralement bien informées sur la secte concernée, elles m'apprennent même beaucoup sur son fonctionnement. Elles ont rencontré des policiers, des juristes, les Renseignements Généraux, mais elles ont le sentiment d'être renvoyées de l'un à l'autre sans trouver une aide réelle.
Si ces personnes viennent consulter un psy. ce n'est pas pour parler de leur souffrance et de leur impuissance, mais elles attendent une lettre, une attestation, une intervention pour "faire sortir" de force leur proche de la secte par le biais d'un placement en psychiatrie contre le gré du sujet concerné. Elles ne reconnaissent plus leur proche qui, selon elles, n'a plus sa capacité du jugement, est sous influence de la secte.

Les demandes adressées émanent :
• d'une famille pour un de ses membres adultes ;
• d'un conjoint pour son conjoint ;
• d'un conjoint pour son conjoint et ses enfants ;
• de grands-parents pour leurs petits-enfants.

Je ne puis que me référer au cadre juridique existant et je ne puis répondre à leur demande.
Une personne adulte a le droit de disposer d'elle-même et toute personne ne peut être placée contre son gré, même à la demande d'un tiers, sans avoir été vue et entendue par un médecin ou un psychiatre.
Une seule restriction pourrait être apportée qui concernerait un adulte handicapé mental avant son entrée dans une secte ; dans ce cas, le Procureur de la République pourrait être saisi.
De même, en ce qui concerne les enfants, la garde ou les visites : si les demandeurs sont des grands-parents, il est possible de s'adresser au juge pour enfants directement ou par voie de signalement.
Je ne méconnais pas les difficultés rencontrées car de nombreuses sectes déplacent les personnes dans un autre pays si une procédure est déclenchée et ce très facilement du fait de notre région frontalière.
Devant ce ressenti de non-aide, les familles font appel à des détectives privés que je nomme des "rapteurs" car j'ignore le statut de ces organismes. Contre financement, ils organisent le "rapt" d'une personne désignée de la secte, et ce dans l'illégalité.
Dans un autre cas de figue, je suis amenée à recevoir une personne (ou des enfants) qui est sortie d'une secte.
Si elle vient me consulter, c'est qu'elle va mal ou qu'une série de symptômes inquiète l'entourage : anorexie, apraxie, retrait sur soi... sont les plus fréquents. Si les symptômes mettent en danger la survie de la personne, c'est l'hospitalisation en psychiatrie qui est indiquée.

Est-ce un lieu adapté ?
Dans la majorité des cas, la personne concernée et son entourage vivent assez mal ce genre d'hospitalisation et signent rapidement une décharge.
En ambulatoire, même si nous aménageons le temps et le rythme des séances, un grand nombre de difficultés est rencontré :
- le manque du "groupe", ou plutôt la constante présence autour de soi ;
- le vide dans lequel la personne se trouve, privée de rituels, d'odeurs, de musiques, d'ambiances,...
- le passage psychique d'un état de non-penser à un état de penser ;
- le réaménagement des affects et des émotions ;
- la relation intersubjective compliquée à rétablir.

L'accompagnement de l'entourage du sortant de secte m'apparaît nécessaire et incontournable. Il conditionne le succès de la psychothérapie individuelle, mais il faut du temps pour écouter, informer, accompagner.
La psychothérapie individuelle est efficiente aux conditions énoncées. Je n'insiste pas sur cet aspect, car je l'ai déjà traité lors d'autres interventions ; j'en rappelle les grandes lignes, à savoir :
- déprogrammer la personne, mettre en interrogation ce qui lui a été donné pour vrai et certitude ou comme explication causale des comportements humains. Le psychothérapeute doit bien connaître le discours de la secte concernée.
- faire expérimenter au sujet son libre arbitre et lui retrouver sa liberté psychique ;
- lui permettre de redécouvrir son moi, l'estime de soi, la confiance en soi.
Le travail psychothérapique s'ordonne autour de la relation transférentielle
: la personne qui a vécu dans une secte a deux modes pour établir la relation transférentielle avec son psy. :
- en évitant la relation vécue comme dangereuse ;
- ou en s'offrant à nouveau au représentant d'un autre savoir qu'est imaginé: le psy.
Il serait intéressant d'explorer ce qu font les canadiens et les suisses qui ont des stratégies de psychothérapie de groupe et un temps en communauté.

MA M (Psychanaliste)

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