Novembre 2007

Risques et dérives sectaires dans les domaines de la santé, du bien-être et du développement personnel

(Texte extrait du site de la MIVILUDES avec leur aimable autorisation)

Les promesses et recettes de guérison, de bien-être et de développement personnel sont au cœur des pratiques à risque et dérives sectaires qu’elles émanent de groupes structurés à dimension transnationale ou de la multitude de mouvements nucléaires en réseaux ramifiés, constitués le plus souvent autour d’une poignée d’adeptes.
Ce phénomène est préoccupant par son développement exponentiel au regard de l’augmentation du nombre de praticiens, de techniques non conventionnelles à visée thérapeutique et de formations débouchant sur des qualifications non validées et d’avenir incertain.
L’offre psychothérapeutique est particulièrement concernée par ce constat.
Les dangers et les dérives du marché alternatif de la guérison et du bien-être tiennent notamment à l’absence d’évaluation indépendante et rigoureuse des méthodes qui excluent explicitement ou de fait les pratiques conventionnelles médicales et de la formation.
Le dynamisme professionnel de ces groupes s’affirme : organisation de l’information notamment par le recours à Internet, participation à de nombreuses manifestations (colloques, salons…), diffusion de produits complémentaires thérapeutiques par le système des ventes pyramidales, protection des labels….
De nouvelles tendances à risque apparaissent répondant aux critères d’emprise sectaire.
Cette offre complexe et évolutive génère des interrogations, des signalements, des situations douloureuses et divers délits en droit familial, commercial et pénal.

 

Les méthodes "psychologisantes"
Les thèses développées dans ces groupes s’appuient sur une approche « psychologisante » reposant sur trois postulats :
la culpabilité du patient dans le développement de sa maladie ou de son mal être,
l’angoisse de la maladie,
la revendication d’un mieux être dans une société individualiste et matérialiste.
C’est aujourd’hui un domaine d’offres pléthoriques attachées à des labels en renouvellement constant où se côtoient professionnels de santé, médecins et paramédicaux, ainsi que thérapeutes individuels auto proclamés à l’issue de formations non homologuées aux contenus, durée et coûts divers.
Les différentes méthodes classées dans cette catégorie, sont résolument excluantes de la médecine traditionnelle. Ce parti non négociable et non contestable soumet à l’emprise mentale, celui qui y adhère et le met en danger dès lors qu’il est atteint d’une pathologie grave ou qu’il développe des disfonctionnements mentaux induits par son thérapeute.
Outre la victime directe, ces situations sont à l’origine de ruptures familiales douloureuses notamment pour les enfants.

La méthode HAMER
L’initiateur de cette méthode, titulaire d’un doctorat en médecine, est d’origine allemande. Interdit d’exercer dans son pays d’origine depuis 1986, le Docteur Ryke Geerd HAMER a exporté et diffusé en France ce dogme thérapeutique considérant que toute maladie est la résultante d’un choc psychologique et d’un conflit intérieur non résolu, récusant les facteurs environnementaux et génétiques des pathologies.
Selon cette théorie, un stress important affaiblit les défenses immunitaires et provoque une réaction somatique. Dès lors, l’origine d’un cancer du poumon n’est pas la consommation de tabac mais la culpabilité du fumeur. L’élucidation des circonstances du choc psychologique par un thérapeute « hamériste » supprime les blocages, cause de la maladie et permet au patient de libérer ses capacités d’auto guérison stimulées par des remèdes de médecines « douces » et une alimentation sélective.
La poursuite des traitements conventionnels, selon ce dogme thérapeutique, compromet les processus d’auto guérison d’où la nécessité de leur abandon par le patient.
Cette médecine douce a démontré sa dangerosité à la suite de décès de patients cancéreux dans des souffrances extrêmes.
Son auteur a été condamné par le tribunal de Chambéry à l’été 2004 à une peine d’emprisonnement et à une forte amende pour escroquerie et complicité d’exercice illégal de la médecine. (Voir p. 36 à 39 et 88 à 90 du rapport 2005 de la MIVILUDES)
Les pratiques héritières des principes haméristes
Ces méthodes ont sensiblement évolué par rapport aux théories initiales du formateur fragilisé par ses graves démêlés judiciaires.
Méthodes d’assistance personnelle, elles promettent l’auto guérison et l’auto libération à travers des concepts nouveaux tels « la mémoire cellulaire, la biothérapie, la biologie totale, la réinformation cellulaire, la biopsychogénéalogie, la mémoire trans-générationnelle, le décodage biologique… ».
Très souvent labellisées, elles essaiment rapidement à travers une offre importante de formation. Le nombre de thérapeutes auto certifiés et multi cartes dans cette catégorie, serait de l’ordre d’un petit millier.
Cette offre est dangereuse dès lors qu’elle propose des outils auto thérapeutiques de déprogrammation de la maladie même dans les cas les plus graves par libération des capacités d’auto guérison.

La Communication facilitée ou la psychophanie
La communication facilitée introduite en France par Anne-Marguerite.Vexiau, orthophoniste, est un procédé qui permettrait aux personnes privées de parole (autistes, polyhandicapés, trisomiques, traumatisés crâniens) de s’exprimer en tapant à la machine d’un doigt avec l’aide d’un soignant lui soutenant la main.
Le postulat de cette technique repose sur la communication inconsciente des cerveaux de l’handicapé et du facilitant.
L’extrême fragilité des publics concernés soulève le risque de déviance thérapeutique voire sectaire.
Des organisations professionnelles et notamment médicales sont intervenues au près des pouvoirs publics et de l’ordre judiciaire pour dénoncer la dangerosité d’une telle pratique.
Son champ d’application s’élargit aux dépressifs ou personnes atteintes de troubles psychologiques mineurs et de nombreuses formations de facilitant sont proposées sous le label « psychophanie ». (Voir p.40 à 41 du rapport d’activités 2005 de la MIVILUDES).

Les psychothérapies déviantes ou les faux souvenirs induits
Ces techniques parmi lesquels le rebirth, les thérapies du rêve éveillé, sont mises en œuvre dans le secret de cabinets de consultation. Quand elles sont utilisées par des thérapeutes dépourvus d’acquis validés et usant de leur pouvoir de suggestion, elles sont tenues pour responsables de mises sous emprise d’ adeptes et de ruptures avec le milieu familial au motif de faux souvenirs d’inceste, de viol…
En vogue Outre Atlantique, elles compteraient déjà 800 victimes principalement dans les pays anglo-saxons. (Voir p. 41 à 42 du rapport d’activités 2005 MIVILUDES)

 

Les pratiques aux fins de prévention et de développement personnel
Elles répondent à l’attente d’une approche globale de la personne, dite "holistique", et aux promesses de « naître sans tare, de vivre plus vieux et de mourir mieux ». Elles intègrent par ailleurs le principe très porteur de précaution.
Dans ce courant, le jeûne est prôné comme facteur de prévention des maladies et thérapie efficace. On y trouve aussi des régimes comme le végétalisme.
Ces approches portées par la vague écologiste et la mouvance new age ont connu un réel succès ces dernières années attirant un nombre important d’adeptes, mais sont en revanche responsables de nombreuses victimes.
Cette catégorie de pratiques compte un nombre significatif d’affaires judiciaires.
L’hygiénisme ou les dogmes du déséquilibre alimentaire

L’instinctothérapie ou la seule consommation d’aliments crus sélectionnés sur leur odeur est pratiquée au sein de petits groupes épars. L’un d’entre eux installé à Montramé en Seine et Marne a dérapé sous l’influence de son gourou Guy Claude Burger reconnu coupable de viols sur mineurs et condamné à 15 ans de réclusion criminelle.

L’association Joie et Loisirs dans le Morvan dont l’objet était le partage de loisirs en commun, pratiquait une hygiène alimentaire déséquilibrée et l’imposait aux enfants. Six de leurs membres ont été condamnés en mars 2006 par la cour d’appel de Paris pour des pratiques relevant de l’exercice illégal de la médecine ayant entraîné la mort de trois enfants dont un bébé. (Voir p. 227 à 228 du rapport d’activités 2006 de la MIVILUDES)

Des parents adeptes de l’ordre apostolique Tabitah’s Place ont également été condamnés à 12 ans de réclusion criminelle pour avoir volontairement privé de soins leur fils de moins de 15 mois.

Enfin deux parents kinésiologues ont dû répondre devant la justice de la mort de leur enfant de 16 mois. Ce couple développait une grande méfiance à l’égard de la médecine et se soumettait à des principes alimentaires aberrants. Le verdict rendu par le tribunal de Quimper pointe la dangerosité d’une pratique, la kinésiologie et illustre un premier cas de dérive individuelle sanctionnée par les tribunaux.
Dans cette catégorie, sont également pointés les groupes qui allient pratique sportive intense et jeûne parfois poussé à l’extrême. L’inquiétude grandit quand ces stages sont destinés aux adolescents qui sont dans ces conditions exposés à des déséquilibres physiques et psychiques.

Le respirianisme promu en France par la prêtresse australienne Jashmuheen (Ellen Greve) repose sur la pratique du jeûne total acquise à l’issue d’un processus sacré de 21 jours au delà duquel il est envisageable de se nourrir uniquement d’air et de lumière. Cette pratique est responsable de décès à l’étranger. En France, elle est l’objet d’une surveillance étroite des colloques et stages de « sa prêtresse ».
Les pratiques de développement personnel

Le mythe de l’enfant parfait est au centre de pratiques à risques rejetant les approches conventionnelles de la grossesse, la naissance et la petite enfance. Sur critiques de surmédicalisation, cette mouvance animée par des médecins et des sages-femmes soutient la thèse des naissances naturelles, celle des maisons de naissance loin des plateaux techniques des maternités et de l’entourage de la mère par des accompagnatrices, sans connaissance spécifique, appelées doulas, formées à la relation (Voir rapport MIVILUDES 2006 p.67 à 69).
Cette tendance a des liens avec des groupes pointés par les rapports parlementaires comme IVI (invitation à la vie) et Spirituel Human Yoga (SHI) de tradition guérisseuse qui proposent des séances d’harmonisation du fœtus pour prévenir le handicap.

Kryeon
Ce concept apparu Outre Atlantique, protégé sous la marque EMF Balancing déposée par la société Energy Extension, concerne les activités de la thérapeute Peggy DUBRO.
Selon cette mouvance, « l’harmonisation EMF ouvre la voie à notre évolution. Elle nettoie, fortifie et équilibre notre propre structure électromagnétique afin que nous puissions nous brancher complètement à l’énergie universelle, la recevoir et l’utiliser. Cette harmonie permet d’améliorer notre état de santé ».
Cette mouvance, objet d’une littérature abondante et de la vente de nombreux produits spécifiques, concerne tout particulièrement les enfants signalés notamment pour leur hyper activité ou tout simplement pour des comportements différents. Décrétés indigo ou mieux encore « cristal », ils seraient promus à un destin exceptionnel. Des formations de praticiens en énergie sont proposées tout particulièrement aux professionnels de santé et aux parents d’enfants réputés indigos afin de déprogrammer et de transformer les mémoires restrictives cellulaires. Quelques 40 agents recruteurs agiraient en France.

Le néo chamanisme
Selon Pierre Couliano et Mircea Eliade, « le chamanisme est un ensemble de méthodes extatiques et thérapeutiques dont le but est d’obtenir le contact avec l’univers parallèle mais invisible des esprits et l’appui de ces derniers dans la gestion des affaires humaines ».
Ces techniques sont mises en œuvre principalement autour de la consommation de deux substances hallucinogènes, l’ayahuasca et l’iboga, pour des expériences extrêmes dans le cadre de stages de fin de semaine sur le territoire national, au cours de voyages en Amérique du Sud (Pérou) ou en Afrique (Gabon), berceaux de ces rites initiatiques ou pour le sevrage de toxicomanes.
L’ingestion de ces substances présente des risques vitaux. Des décès en particulier des toxicomanes ont abouti au récent classement dans la catégorie des stupéfiants de l’ayahuasca (mars 2005) et de l’iboga (mars 2007).(Voir rapport MIVILUDES 2005 p.49 à 52)

Les pratiques de santé basées sur l’irrationnel
Les pratiques de santé basées sur l’irrationnel
Une tendance s’affirme autour de la pensée magique et de la quête de spiritualité accompagnée de la foi dans le miracle apte à guérir et à sauver des vies.
Cette tendance regroupe des thérapeutes « spirituels » auto proclamés, "dotés de pouvoirs personnels extraordinaires" dont celui de guérir, des guides spirituels qui recourent à la prière comme pratique thérapeutique exclusive ou encore des groupes d’inspiration orientaliste qui par « la canalisation de l’énergie vitale universelle » permettraient de devenir son propre guérisseur.
Ces différentes pratiques dont certaines peuvent s’exercer à distance voire par téléphone, rejettent la médecine conventionnelle.

Énergie universelle humaine (HUE)
Cette mouvance regrouperait quelque 3000 adeptes répartis dans diverses associations proposant des stages de développement des pouvoirs d’auto guérison et de guérison sur autrui. Elle développe un prosélytisme actif notamment auprès des malades atteints du sida.
Traduits à deux reprises devant la justice après le décès d’adeptes, les gourous ont été condamnés pour exercice illégal de la médecine.

Le Reiki
Son origine est japonaise. Mikao Usui (1825-1926), son fondateur, à la suite d’une révélation mystique aurait reçu les clefs de la guérison. La technique consiste, par l’imposition des mains du médium, à rétablir la force vitale garante de bonne santé. Ces pratiques sont l’objet d’un grand engouement. Il est possible de devenir maître reiki en quelques stages de fin de semaine. Cette technique souvent associée à d’autres pratiques donne lieu notamment auprès des associations de défense des victimes de dérives sectaires à un nombre important de témoignages inquiétants.

Les groupes spirituels
Certaines communautés véhiculent le dogme que Dieu n’a pu créer la maladie et la mort donc celles-ci n’existent pas ou que la foi guérit les plaies de l’homme.
Rejetant les thérapies éprouvées, certains membres dotés de pouvoirs médiumniques organisent des séances de prière collectives frôlant l’hystérie au cours desquelles des guérisons miraculeuses se produiraient.

L’Eglise Universelle du royaume de Dieu véhicule la croyance que la prière guérit le sida.

Invitation à la vie intense (IVI) en alliant prières et pratiques d’harmonisation, entend guérir les maladies les plus graves par simple imposition des mains (cancer, sclérose en plaques, sida…)
Ses pratiques ont été à plusieurs reprises condamnées par l’ordre national des médecins.

Site de la MIVILUDES : www.miviludes.pm.gouv.fr