Mai 2008
Vigilance laïque face aux
sectes
Catherine Picard, présidente
de l’UNADFI
Depuis plusieurs mois se sont multipliés au sommet de
l’Etat les déclarations tendant à minimiser
le danger des sectes. Dans le même temps, au fil de ses discours
le président de la République a accumulé les
atteintes au principe de laïcité et confirmé que
le gouvernement travaillait à une refonte des modalités
de la loi de 1905 de séparation des églises et de
l’Etat. Faisons le point sur ces déclarations très
vite suivies d’effet.
La directrice de cabinet du président de la République
comme la ministre de l’intérieur ont récemment
mis en cause la MIVILUDES, mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.
Chargée de la coordination entre les services de l’Etat
sur le sujet sectaire, la MIVILUDES est un élément
précieux qui permet aux associations de victimes comme l’UNADFI,
d’avoir des correspondants a sein de chaque administration
en capacité de porter les dossiers qui leur sont confiés.
Elle permet d’analyser le phénomène, d’en
suivre les évolutions et de fournir au gouvernement et au
Parlement toutes les informations nécessaires pour que soient
assurés la protection des personnes, le libre exercice des
libertés individuelles et la défense de la dignité des êtres
humains, dans le plus strict respect de la liberté de conscience
et de pensée de chacun.
Aujourd’hui les grands mouvements sectaires connus, la Scientologie,
Moon, Raël..., ont externalisé leurs activités
dans le domaine de la santé, de la formation, de l’accompagnement
scolaire, créant même des ONG ou des associations de
défense des droits de l’homme. Ces micros structures
sont plus anonymes, elles n’en représentent pas moins
un danger pernicieux.
La ministre de l’intérieur vient de donner
aux préfets de nouvelles orientations concernant les sectes.
Le dispositif mis en place par la ministre de l’Intérieur
affiche une volonté répressive visant à des
jugements au pénal. Si nous ne pouvons être opposés à une
telle volonté politique, il convient de mettre de sérieux
bémols. Les lois concernant la prescription pour crimes n’ont
jamais été modifiées, malgré des demandes
réitérées du Parlement : bien des sortants de
secte sont hors délai. Les modifications en cours des lois
concernant les délits « financiers » vont
réduire encore la capacité à porter plainte
dans les délais de prescription, qui, eux, sont terriblement
raccourcis.
L’essentiel de la jurisprudence « sectaire » se
juge ailleurs qu’au pénal. Au civil : mesures d’assistance éducative,
garde d’enfants, droit des tutelles. Dans les tribunaux administratifs :
code de l’urbanisme (voir Mandarom) Devant la justice
prud’homale pour le code du travail et la formation professionnelle.
Devant la justice ordinale pour le traitement premier des affaires
de santé : pratique illégale de la médecine
ou de la pharmacie
Par ailleurs l’aspect fiscal n’est pas évoqué et à ce
jour, comment revendiquer une volonté de répression,
alors que l’Etat ne veut pas recouvrer les
50 millions d’euros dus par les Témoins de Jéhovah,
pour détournement de la loi sur les dons et les legs !
Y aurait-il deux discours ?
Les associations de victimes on été écartées
de la future organisation, elles sont pourtant à la source
des informations et des témoignages. Il semble que l’aspect
prévention ne soit plus une priorité de la ministre
de l’Intérieur.
Le gouvernement travaille sur d’éventuels
ajustements de la loi de 1905 sur
la base du rapport Machelon de 2006.
Le rapport Machelon annonçait le toilettage éventuel
de la loi de 1905. Il semble que les Titres IV et V seraient concernés.
Le lissage des articles concernant l’exercice exclusif du culte permettrait
une ouverture possible pour la reconnaissance comme association cultuelle
de quelques mouvements, dont les Témoins de Jéhovah,
la Scientologie et des groupes intégristes catholiques ou évangéliques.
Il va s’en dire que les avantages liés à cette
reconnaissance ne sont pas négligeables financièrement
et en particulier le fait de pouvoir exercer des activités
culturelles ou éducatives dans le cadre cultuel.
A l’échelle européenne, l’évolutions
en matière de traitement des sectes montre un
recul de la vigilance et de la
laïcité.
L’expression européenne sur les sectes est multiforme. Dans
la «vieille Europe», on trouve deux positions :
l’une très libérale, en Grande Bretagne, aux
Pays Bas ou en Scandinavie, l’autre très proche de notre
conception laïque, avec des variantes liées au droit
national.
C’est au Danemark qu’est le siège européen
de la Scientologie, avec plus de 6000 employés. C’est à St
Hill, au Royaume Uni, que sont formés les cadres intermédiaires
de la même organisation. A l’inverse, la Belgique, l’Allemagne,
la Suisse, l’Italie ou l’Espagne ont des positions proches
de celles de la France. La Belgique en 1997, la Suisse en 1999 (Genève)
ont rendu des rapports parlementaires comparables aux rapports français.
La loi About-Picard, retranscrite dans les lois nationales, est inscrite à l’examen
du Parlement belge et du Parlement italien. Certains Länder
ont constitué des structures permanentes, voire des réglementations
sévères, appliquées par exemple aux scientologues
en Bavière. En Espagne, ce sont les gouvernements régionaux,
en particulier en Catalogne, et les services de la jeunesse, qui
suivent ce dossier.