Juin 2010

Sectes et humanitaire

Nous reproduisons ci-dessous, avec leur autorisation,  l’article de Mme Hayat El Mountacir paru dans POUVOIR DIRE NON, bulletin du Cercle laïque pour la prévention du sectarisme.
Lorsque les sectes interviennent dans le domaine de l’humanitaire, elles mettent en avant leur volonté d’aider les personnes en difficulté. Ce discours est tout aussi bien orienté en direction des pouvoirs publics et médiatique qu’en direction des adeptes. Et il est loin de la réalité. La finalité n’est pas uniquement l’aide humanitaire mais la diffusion du discours de la secte auprès d’un public fragilisé. La situation de crise ou de catastrophe fait tomber les mécanismes de défense des populations concernées et peut les rendre perméables au discours sectaire.
Cependant, les sectes n’ont pas inventé l’humanitaire. Elles ont su s’adapter aux nouvelles formes de l’humanitaire qui ont envahi la société. L’aspect émotionnel du discours humanitaire constitue un point d’appui important pour les sectes car toute réflexion est évacuée au profit de l’action urgente. Et cet état constitue le fond de commerce des sectes.
Il apparaît important de placer l’action humanitaire des mouvements sectaires dans le cadre du développement et de l’évolution de l’humanitaire de façon large.
Les sectes dans le contexte du développement de l’humanitaire
L’humanitaire a toujours existé sous des formes particulières. Il n’a pas toujours relevé de l’altruisme le plus absolu. Les visées missionnaires n’étaient pas absentes. Signalons l’époque des Amériques au 16ème siècle qui savait bien conjuguer les « 3 M : le marchand, le militaire et le missionnaire »(1). La conversion était perçue comme un moyen de sauver l’âme des populations conquises.
L’esprit humaniste des siècles des Lumières a progressivement imposé la philanthropie : aider ces populations en dehors de toute volonté missionnaire et de l’esprit de la charité chrétienne en leur apportant le progrès.
Si cette laïcisation de l’humanitaire s’est imposée depuis, elle n’a pas empêché, depuis la 2e Guerre, l’existence et le développement d’ONG religieuses(2) qui interviennent surtout dans le domaine de l’humanitaire. Elles reviennent à l’esprit de la charité chrétienne qui lie aide et conversion.
Une évolution s’est fait sentir depuis les années 90 avec le développement d’organisations religieuses. Ce sont essentiellement des ONG d’origine américaine et protestante (Caritas, World Council of Church). Des organisations d’aide musulmanes leur ont emboîté le pas : elles ne tentent pas toujours de convertir de nouvelles populations à l’islam mais de convertir les populations déjà musulmanes à l’intégrisme et à leur vision de la société. Pour ces dernières organisations, le désengagement de plus en plus important depuis les années 90(3) des Etats vis-à-vis des populations locales, ouvre la voie à une action humanitaire constante dans les quartiers les plus pauvres. L’Algérie reste l’exemple le plus marquant quand les mouvements intégristes ont pu dans les quartiers populaires distribuer des fournitures scolaires aux familles, des aides alimentaires, intervenir massivement lors du tremblement de terre d’Alger….
Face à cette nouvelle donne qui s’exprime derrière ce qui apparaît comme un « retour du religieux », les sectes trouvent un créneau fort utile à leur expansion. Les années 90 avec la naissance du discours axé sur « le droit à l’ingérence humanitaire » ont fini par faciliter l’infiltration des sectes dans le créneau de l’humanitaire de façon appuyée. Cette évolution aura un effet sur le mode d’intervention des sectes.
Les discours utilisés dans l’infiltration de l’humanitaire
Les sectes ont toujours tenté d’utiliser l’humanitaire pour asseoir et étendre leur pouvoir. C’est un investissement qu’elles planifient sur le long terme. Les actions se concentrent sur des thématiques larges qui leur permettent de passer inaperçues. Elles avançaient masquées en utilisant entre autres les thèmes des droits de l’homme, de la paix et de l’aide aux pays pauvres.
Mais, depuis les années 90, et le processus s’est accéléré ces dernières années, elles se sont engouffrées dans l’action urgente et ne prennent plus la peine d’avancer masquées. Elles ont profité du contexte international, des enjeux géostratégiques et de l’évolution mondiale.
Les actions sur le long terme
Actuellement, l’évolution vers l’intervention d’urgence n’a pas empêché le maintien et le renforcement de ce type d’action. En effet, elle permet le développement d’une stratégie à long terme. Nous nous appuierons sur quelques exemples se rapportant aux groupes les plus importants et les plus présents dans l’action humanitaire. Les thèmes mis en avant correspondent généralement à l’un des discours dominants de la secte. On peut distinguer globalement 3 types de discours :
1. Les droits de l’homme
2. la paix
3. l’aide aux pays du Tiers monde.
Dans tous les cas l’objectif est le même : diffuser le discours de la secte et sa vision du monde, faire du prosélytisme et enfin utiliser ces actions pour se parer d’honorabilité.
Les droits de l’homme
Ce cas sera illustré par l’exemple de la scientologie. Elle a fait de ce créneau une action principale en commençant par créer la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH). Cette dénomination sème la confusion avec la Ligue des Droits de l’Homme (LDH). Celle-ci dénonce régulièrement cette confusion qui trompe parfois les personnes. Signalons qu’en France cette confusion porte sur un autre organisme : la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH).
La scientologie a organisé en Belgique, par le biais de la CCDH, une exposition sur la psychiatrie accusée de violer les droits de l’homme. Le propriétaire de la galerie pensait avoir affaire à la Ligue des Droits de l’Homme belge. Celle-ci a publié le 21 septembre 2007 un communiqué pour dénoncer cette confusion.
Depuis sa création, la CCDH n’a cessé de défendre le principe de la liberté religieuse comme base fondamentale des droits de l’homme, passant sous silence les droits politiques, économiques et sociaux. La raison est simple : s’appuyer sur ce principe pour obtenir partout le statut de religion et en France en particulier ou la loi de 1905 sur la laïcité constitue un frein pour elle.
Après les attentats terroristes de Londres en juillet 2005, Youth for human rights, officine de la scientologie, organise en Cornouailles en Angleterre un Festival européen « Des jeunes pour les droits de l’homme ». Le communiqué de la scientologie rapporte les propos de la directrice de Youth for human rights : « Les attentats de Londres ont fait plus que jamais de cette conférence sur les droits de l’homme une urgence. On peut enseigner à la jeunesse d’aujourd’hui la paix, la tolérance et la compréhension de son prochain, autrement ils sont amenés à haïr. Si nous persistons, le fait d’acquérir une appréciation des principes de base des droits de l’homme pour toutes les races et cultures est la route vers une paix mondiale ». Et la présidente de la scientologie en Belgique réaffirme en décembre 2005 que « l’éducation dans le domaine des droits de l’homme est la seule façon de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme à longue échéance ». Le problème n’est abordé que par la lorgnette de la vision scientologue….
A la date anniversaire de la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme (10 décembre 2005), la scientologie a multiplié les interventions et les manifestations à travers toute l’Europe : Suède, Espagne, Autriche, Russie, France, Belgique, Italie, Danemark, Allemagne….
En août 2006, par le biais de l’association citée, la scientologie organise devant la place du Trocadéro un atelier d’éducation aux droits de l’homme destiné aux jeunes. Dans un communiqué, l’UNADFI, signale que cet atelier présente la France comme « un pays de violation des droits fondamentaux ». Cette attaque constante de la France nécessite quelques éclaircissements. La scientologie est très gênée par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Citons quelques articles importants au regard de cette question :
« Art. 4 .La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi »
« Art. 10 .Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »
« Art. 11 .La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. »
Ces 3 articles, importants pour l’interprétation des libertés individuelles, comportent tous une limitation importante : la liberté n’est pas absolue et doit répondre à la nécessité de vivre en société et obéit donc à des limites expressément prévues par la loi.
La convention européenne des Droits de l’Homme (1950) comporte aussi dans ses articles sur les libertés individuelles (essentiellement les articles 9 et 10) des limitations.
Or les scientologues ne se réfèrent qu’à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme des Nations Unies. Celle-ci énonce dans ses articles 18, 19, et 20 le principe des libertés individuelles sans les accompagner de restrictions. Cependant l’article 29 apporte des limitations dont l’énonciation reste vague comparée aux articles précités :
«1. L’individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seule le libre et plein développement de sa personnalité est possible.
2. Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n’est soumis qu’aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.
3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s’exercer contrairement aux buts et aux principes des Nations Unies ».
La scientologie défend une conception de la liberté religieuse absolue pour faire échec à toute tentative de limitation de son pouvoir tentaculaire sous couvert du religieux. D’ailleurs elle a réussi à faire mettre sur la liste de la Commission de droits de l’homme des Nations Unies des pays qui ne respectent pas la liberté religieuse la France, l’Allemagne et la Belgique en raison de leur position ferme sur la question des groupes sectaires.
La paix
Ce discours sur la paix prend ancrage avec le développement des foyers de guerre à travers le monde et plus particulièrement dans les pays les moins développés. Très impliqué dans la politique internationale et appui en son temps -avant la chute du mur de Berlin- de la géostratégie américaine, la secte Moon s’est beaucoup appuyée sur le discours de la paix pour se développer. Cependant, ce discours ne gêne pas le fondateur en tant que fabricant d’armes aussi. Sa filiale, « La Fédération inter religieuse internationale pour la paix mondiale » est l’une de ses plus importantes vitrines. Elle s’adresse aux intellectuels et personnalités politiques à travers le monde.
Même si, depuis une dizaine d’années le moonisme a perdu son essor, son influence n’en reste pas moins réelle. Ainsi, le 21 mai 2001, pour fêter le 20e anniversaire de la création de son journal le Washington Times, il a réussi à mobiliser à Washington plus de 3 000 personnes qui ont répondu à son invitation à l’hôtel Hilton (hommes d’affaires, responsables religieux, membres du Congrès, des Assemblées des Etats…). Et même Georges Bush lui a envoyé un message de félicitations(4).
L’humanitaire est le moyen de recrutement le plus important en direction des jeunes. Ceux qui cherchent à participer à des actions humanitaires peuvent se voir orientés vers des organismes moonistes de volontariat(5).
Comme nous l’avons vu plus haut, la scientologie n’a pas oublié ce créneau de la paix à travers son action sur l’éducation aux droits de l’homme.
L’aide au Tiers monde
Sur ce terrain, toutes les sectes interviennent. Cependant, les Témoins de Jéhovah ont une politique bien rôdée et efficace.
Le Rapport parlementaire(6) signale que « plusieurs sectes utilisent la puissance financière qu’elles ont acquise en France pour soutenir, sous un affichage humanitaire, leurs implantations à l’étranger ». Ce rapport relève que ce sont « quelque 150 millions de francs qui sont sortis des instances nationales de la secte à l’intention des missions étrangères ». Ici, il s’agit du prosélytisme organisé à partir de la France et sous couvert « d’aide ». Tous les continents sont concernés ; mais c’est l’Afrique qui constitue l’objectif le plus important. Ainsi l’association « Aidafric » (sic)(7) a pour objectif de venir en aide aux Témoins de Jéhovah d’Afrique, mettre en place une aide humanitaire directe et financer la construction des lieux de culte et de lieux d’alphabétisation. Dans ses statuts, l’article 2 prévoit expressément que « l’association a pour objet d’exprimer la solidarité de la confession chrétienne des TJ d’Europe avec les TJ des pays d’Afrique les plus démunis en leur apportant une aide matérielle et morale tant dans les situations d’urgence que lors des moments plus propices à leur développement. Cette aide peut être étendue à ceux qui ne partagent pas cette foi ».
Cependant, cette aide est assortie de la diffusion du discours jéhoviste. Ainsi l’agence de presse burundaise signale (8) que lors d’une campagne de vaccination au Burundi, Aidafrique s’y est opposée. Dans la mesure où les Témoins s’adressent surtout aux couches sociales les plus défavorisées en visant le nombre, il leur est difficile de se développer dans des pays pauvres sans aide de l’extérieur. Et c’est le discours religieux qui est utilisé pour soutirer des dons aux adeptes européens : « Ainsi, d’après la Bible, il faut se montrer bon, généreux et efficace…..Mais ne vous sentez pas pour autant obligé de donner à quiconque vous demande de l’argent. Réfléchissez à la meilleure façon d’utiliser vos ressources pour plaire à Dieu et apporter l’aide pratique la plus efficace à votre famille et à votre prochain »(9). Chaque crise humanitaire en Afrique est l’occasion pour les TJ, grâce à leur présence assurée sur le terrain d’intervenir pour recruter sous le couvert de l’aide.
Depuis 2001, les différends Rapports de la MIVILUDES rappellent, avec de nombreux exemples à l’appui, l’infiltration des sectes dans l’humanitaire.
les actions urgentes
La médiatisation à l’échelle planétaire des grandes catastrophes donnent l’occasion aux sectes d’intervenir sur place en s’appuyant sur le traitement émotionnel et compassionnel des différentes catastrophes. Par leur ampleur et leur gravité, les attentats terroristes ont renforcé l’intervention urgente des sectes. Cette urgence leur permet d’agir ouvertement. Elles ne prennent plus la précaution d’avancer masquées. La scientologie, de par son organisation tentaculaire et ses moyens financiers, est très présente lors de ces actions urgentes. Nous nous appuierons sur quelques exemples pour illustrer ce point.
Lors des attentats terroristes du World Trade Center en septembre 2001, les sectes (avec la scientologie en tête) ont occupé le terrain et ont ainsi profité de l’ampleur et la gravité de la catastrophe. Les cellules de soutien psychologique furent largement investies par les Volontaires scientologues qui se contentent d’appliquer la méthode scientologue des « assist » ou massage.
Le tsunami de décembre 2004 a permis un véritable déferlement des sectes, des mouvements extrémistes musulmans ainsi que des groupes religieux. Présente rapidement sur le terrain en raison de la mobilisation des adeptes de la zone pacifique, la scientologie a mis en place des « Centre de traitement des traumatismes ». Conformément à leur discours anti psychiatrie, il n’y a pas d’accueil et d’écoute par des professionnels. Un scientologue explique : « Je suis un scientologue. Basiquement, la psychologie ne marche pas. Ils utilisent des médicaments, antidépresseur, analgésique, somnifères. Ici, les gens n’ont pas besoin de médicaments. Nous utilisons leur énergie pour qu’ils sachent que leur environnement est sans danger et qu’ils peuvent aller de l’avant »(10). C’est la conception des soins de la scientologie qui est imposée à des personnes vulnérables.
La nouveauté lors de cette catastrophe, c’est que les sectes n’avancent plus masquées. Ainsi les scientologues portent des polos jaunes avec l’inscription scientologie. Leur omniprésence ainsi que leur volonté de mettre en avant leur action ont même fini par provoquer des conflits avec la protection civile italienne au Sri Lanka.
Les groupes religieux ne sont pas en reste. Les extrémistes musulmans ont profité de cette catastrophe pour rappeler que c’est l’éloignement des préceptes du Coran qui a provoqué la colère et le châtiment divins. Ils n’ont pas manqué de faire du prosélytisme agressif auprès des musulmans. Sylvie Brunel, ancienne responsable de Médecins sans Frontière et de Action Contre la Faim rappelle que certains d’entre eux « mêlent dans un même geste la conversion et l’aide »(11).
Le Conseil national des Eglises des Etats-Unis (regroupant les Eglises protestantes, anglicanes et orthodoxes) a même publié des directives pour éviter les confusions entre aide humanitaire et prosélytisme religieux et conversion. Ainsi l’ONG américaine World Help, basée aux Etats Unis, a tenté de faire adopter par des familles chrétiennes trois cents enfants musulmans, sans tenir compte de la culture locale(12). Le Conseil national a rappelé le danger « de pratiques agressives et inopportunes d’évangélisation »(13).
Il est important de signaler l’action de la scientologie dans les banlieues depuis la flambée de violence de novembre 2005. Un communiqué scientologue daté du 21 novembre 2005 signale la présence de 128 scientologues bénévoles (des Volunters ministers) dans la Cité des 3000 d’Aulnay- Sous- Bois ainsi qu’à Clichy-Sous-Bois, Achères, Asnières, Grigny, Noisy-Le-Grand pour jouer les médiateurs et rétablir la paix dans le quartier. Ainsi 10 000 livrets « Le Chemin du bonheur », code moral de la scientologie furent distribués.
Au-delà de cette action, ils ont depuis multiplié les interventions dans la banlieue parisienne. Le 20 novembre 2005, journée internationale des Droits de l’Enfant fut célébrée par l’Association Internationale scientologue « Des jeunes pour les Droits de l’Homme » à la Cité des 3000 d’Aulnay-Sous-Bois sous les arcades du centre commercial « Le Galion »(14). L’association scientologue « Non à la drogue, oui à la vie » a organisé à la Cité des tertres à Bagneux une réunion d’information et de prévention sur la drogue avec la distribution de livrets. Cette association était aussi présente à Montfermeil lors de la nuit de violence du 30 mai 2006.
Cette action qui cible les banlieues est inquiétante car elle vise une jeunesse désœuvrée et désemparée. Et le moindre événement sera exploité pour marquer une présence qui s’accompagne immanquablement d’un prosélytisme insidieux.
En effet, le cadre de l’humanitaire dans lequel interviennent les sectes soulève déjà des polémiques. Sylvie Brunel, lors des Rendez vous de l’histoire de Blois consacrés au thème de la religion et de la politique, dénonce le « busines de l’humanitaire » et réclame plus de « transparence et de régulation ».
Et au-delà de cette polémique sur l’humanitaire, une autre question peut être légitimement soulevée. La présence de plus en plus importante, sous couvert de paix et d’humanitaire, des groupes sectaires et religieux intégristes de tous bords dans les banlieues constitue un risque majeur. Est-ce que la seule alternative pour donner de l’espoir à la jeunesse serait la croyance ? Nous sommes face à un retour non pas du religieux, comme on le rappelle à grands renforts médiatiques, mais à un retour à l’idéologie de la période précédant 1789. Les sectes n’ont de cesse de balayer la liberté individuelle acquise après une longue lutte avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Il s’agit avant tout de la liberté de se déterminer et de faire ses choix en connaissance de cause en tant que citoyen. C’est à dire en s’appuyant non pas exclusivement sur les convictions religieuses mais sur la raison, le savoir et l’esprit critique.
Les sectes et groupes extrémistes s’appuient sur cette vision des droits individuels déterminés uniquement par la liberté de croire sans rappeler les droits politiques, économiques et sociaux. Comme nous l’avons analysé plus haut, c’est cette conception que développe la scientologie dans les banlieues depuis 2005. Mais rappelons que les sectes en général et la scientologie en particulier sont « un non problème »(15)……
Hayat El Mountacir

(1) Sylvie Brunel « Religion et humanitaire » in Colloque « Les 8ème RDV de l’histoire » à Blois (2005).
(2) Ces ONG sont très majoritairement évangéliques. L’Eglise catholique s’est depuis longtemps rangée à l’aide humanitaire sans tentative de conversion.
(3) Ces pays obéissent aux demandes insistantes du FMI d’alléger la dette publique ; ce qui s’accompagne de coupe claire dans les domaines éducatif, sanitaire et social
(4) BULLES N°75 décembre 2002 (Revue trimestrielle de l’UNADFI)
(5) Site de l’UNADFI 26 octobre 2006.
(6) Les sectes et l’argent, Rapport N° 1687, 1999
(7) Le nom fut transformé en Aidafrique
(8) APB Dépêche du 17 février 2000.
(9) Réveillez-vous du 8 juin 1993
(10) Dépêche AFP du 11 janvier 2005
(11) Dépêche AFP du 17 octobre 2005
(12) L’adoption n’est pas reconnue dans l’islam
(13) Bulletin EDA N° 415 du 16 mars 2005
(14)Communiqué de la scientologie du 24/11/05
(15)Note de l’ANDPS : Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy à l’époque, dans VSD n°1591 (du 20 au 26 février 2008)