Juillet / Août 2008
Dérives sectaires: Un guide pratique destiné aux
collectivités territoriales
PARIS, 24 juin 2008 La Miviludes (Mission
interministérielle de vigilance et de lutte contre les
dérives sectaires) publie un guide pratique destiné aux
agents des collectivités territoriales pour les aider à déceler
le risque sectaire et à y faire face.
Ce guide de quelque 150 pages rappelle
d'emblée le "principe fondamental" de
la liberté de pensée de conscience et de religion.
Il explique ensuite le mécanisme de la dérive sectaire
(séduction, mise en état de sujétion, isolement)
et décrit les possibles dérives dans les divers
domaines relevant des
compétences des collectivités territoriales (culture, éducation,
ordre public,
cultes, etc.).
Pour chaque domaine, il donne les outils
juridiques, pour protéger les éventuelles victimes, étayer
toute décision et ne pas risquer de poursuites judiciaires
de la part de mouvements ou associations visés.
L'objet du guide, résume
le président
de la Miviludes Jean-Michel Roulet est
de "donner des recettes pour se défendre,
alerter sur les dangers, informer sur
la jurisprudence". Son but est d'aider les fonctionnaires à protéger
les éventuelles victimes mais aussi à éviter
de consacrer de l'argent public à des
activités susceptibles de dérives sectaires. Il est destiné aux
maires, aux associations de formation de fonctionnaires
et aux agents des collectivités locales de plus de 10.000
habitants.
Ce document est publié en association avec l'AMF (Association
des maires de
France).
Il est disponible à partir du 24 juin sur le site de la Miviludes
www.miviludes.gouv.fr, en librairie
ou auprès de la Documentation française (18 EUR).
La Miviludes publie chaque année son rapport d'activité et
produit régulièrement des guides thématiques;
les derniers concernaient le satanisme et le risque sectaire en
entreprise. Le prochain sera consacré à l'éducation à domicile.
INTRODUCTION DU GUIDE
La présente étude n’a pas la prétention
d’être un ouvrage juridique universitaire : elle
a pour vocation d’être un guide pratique à l’usage
des élus et des fonctionnaires territoriaux.
Par sa connaissance de terrain dans
le cadre de son action, la MIVILUDES a constaté que les
services de l’État étaient plutôt bien
armés pour mettre en place une prévention et une
lutte contre les dérives sectaires, notamment par le biais
des cellules de vigilance départementales sous l’autorité du
préfet, devenues le 30 juin 2005, conseils départementaux
de prévention de la délinquance, d’aide aux
victimes et de lutte contre la drogue, les dérives sectaires
et les violences faites aux femmes. Parallèlement, la MIVILUDES
est de plus en plus sollicitée sur ce sujet par des collectivités
territoriales pour des demandes de renseignements, d’informations
et de formations.
Depuis les premières lois de décentralisation de
1982, les maires et les présidents des conseils généraux
et régionaux, s’ils sont confrontés à des
comportements de mouvements commettant des dérives sectaires,
sont directement à même de réagir.
En effet, le législateur est intervenu à diverses
reprises afin d’améliorer le dispositif initial [1].
Particulièrement, la loi constitutionnelle du 28 mars 2003
relative à l’organisation décentralisée
de la République approfondit la décentralisation,
lui donnant ainsi une nouvelle dynamique [2].
Ainsi, les collectivités territoriales ont vocation à prendre
les décisions pour l’ensemble des compétences
qui peuvent le mieux être mises en oeuvre à leur échelon.
C’est d’ailleurs pour ces raisons que la loi no 2004809
du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités
locales transfère de nouvelles attributions aux collectivités
territoriales et aménage certaines compétences déjà transférées
antérieurement.
Dès lors, les collectivités territoriales jouent
un rôle essentiel dans la modernisation et dans la mise
en oeuvre des politiques publiques. Elles favorisent le rapprochement
entre les citoyens et les services publics.
Mais l’augmentation de leurs compétences a aussi
pour conséquence que leurs sphères d’action
sont susceptibles d’être le creuset de dérives
sectaires multiples et désormais plus nombreuses :
– les interventions économiques se traduisent notamment par le
versement d’aides aux personnes morales de droit privé… ;
– les interventions sanitaires et sociales répondent à une
logique de solidarité et recouvrent la protection des personnes fragiles
en raison de leur âge (enfants, personnes âgées) ou fragilisées
en raison de leur état physique ou mental (personnes handicapées) ;
– les interventions relatives à la sécurité et au
territoire (environnement, aménagement…) concernent tant la prévention
des troubles à l’ordre public que la lutte contre la délinquance
dans le cadre de la politique de sécurité intérieure… ;
– les interventions éducatives, culturelles et cultuelles regroupent
les activités de formation professionnelle (tant initiale – l’apprentissage – que
continue), la protection du patrimoine culturel…
C’est pourquoi il est apparu indispensable que les élus
et les agents publics territoriaux disposent des outils de détection,
d’analyse et de réaction appropriée face à des
situations dérivantes, et ce, dans le respect des libertés
fondamentales. Ce guide vise précisément à fournir à ces
acteurs privilégiés les moyens de détecter,
de cerner les dérives sectaires et d’agir dans le
cadre légal pour les prévenir ou les faire cesser.
Il n’a donc pas vocation à apporter une réponse
et des solutions définitives à toutes les situations,
mais propose une méthodologie :
– la première partie expose la théorie et les concepts
fondamentaux en la matière ;
– la seconde partie aborde les dérives possibles par domaine de
compétence des collectivités territoriales ;
– enfin, une annexe documentaire complète la présente étude.
1) Cf. notamment loi du 5 janvier 1988 ; loi du 6 février
1992
2) Conformément aux articles 72 et 73 de la Constitution,
la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 a été complétée
par les lois organiques du 1er août 2003 relatives à l’expérimentation
et au référendum local et par la loi no 2004-758
du 29 juillet 2004 relative à l’autonomie financière
des collectivités territoriales

Paris, le 23 juin 2008
Communiqué de presse de
Jean-Pierre BRARD (Groupe GDR), Alain GEST
(Groupe UMP), Jacques MYARD (Groupe UMP), Rudy SALLES (Groupe
NC), Daniel VAILLANT (Groupe SRC), Philippe VUILQUE (Groupe
SRC)*
A l’occasion de la publication du
guide des collectivités territoriales qui sera rendu
public mardi 24 juin par la Mission Interministérielle
de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires
(MIVILUDES)
Lutte contre les dérives sectaires
Un enjeu dont
les élus
locaux doivent se saisir
Notre engagement quasi quotidien pour faire face aux dangers encourus
par nos concitoyens en prise avec les mouvements sectaires, nous permet d’affirmer
que la lutte contre les dérives sectaires n’est pas l’affaire
exclusive de l’Etat, des associations de prévention et de lutte
contre ces dérives ou des parlementaires eux-mêmes.
Les élus locaux et avec eux l’ensemble des services des
collectivités locales, peuvent être confrontés à des
situations d’emprise sectaire ou à la volonté de mouvements
de s’implanter, eux-mêmes ou leurs satellites, dans les
différentes structures relevant des compétences décentralisées.
Dans le cadre des commissions d’enquêtes conduites par notre
Assemblée, nous avons pu mesurer à quel point les élus
locaux pouvaient être démunis face à ce qui s’apparente à un
véritable parcours du combattant. Les mouvements sectaires utilisent
en effet toutes les procédures mais également toutes les failles
qui peuvent exister tant dans notre système juridique que dans les textes
en matière d’urbanisme - par exemple lorsqu’il s’agit
d’un projet d’implantation d’une salle du royaume des Témoins
de jéhovah ou d’un établissement du type de celui de Tabitha’s
Place.
Nous avons à l’esprit le combat mené par les 1400
habitants de la petite ville de Deyvillers, dans les Vosges, contre l’implantation
dans leur commune d’une salle du royaume pouvant accueillir plus de 1500
adeptes de l’organisation des Témoins de jéhovah.
Nous avons également à l’esprit le
désarroi du maire de la petite commune de Sus pour
faire remonter aux autorités compétentes les
carences qu’il avait pu constater en matière
de scolarisation des enfants accueillis par la communauté de
Tabitha’s et plus grave encore des carences soupçonnées
en matière de suivi sanitaire.
Pour toutes ces raisons, et malheureusement bien d’autres encore,
nous tenons à saluer le travail mené par les membres de la MIVILUDES,
en liaison avec l’Association des Maires de France, pour tenter de répondre
aux interrogations nombreuses des élus locaux et des fonctionnaires
territoriaux.
A l’occasion de la sortie de ce guide, nous tenons à apporter
une nouvelle fois notre soutien le
plus total à l’action
courageuse et efficace de ce cette
mission. Nous
rappelons également que l'engagement du Parlement contre
les dérives sectaires dépasse les traditionnels
clivages entre la droite et la gauche,
et que seule compte la défense des victimes.
Les parlementaires que nous sommes peuvent en témoigner.
* Philippe VUILQUE est Député des
Ardennes, Président du groupe d’études
sur les sectes Jean-Pierre BRARD est Député de
la Seine-Saint-Denis, Vice-président du groupe d’études
sur les sectes Alain GEST est Député de
la Somme, Vice-président du groupe d’études
sur les sectes Rudy SALLES est Député des
Alpes-Maritimes, Vice-président du groupe d’études
sur les sectes Daniel VAILLANT est Député de
Paris et membre du groupe d’études sur les
sectes
Jacques MYARD est Député des Yvelines et membre
du groupe d’études sur les sectes